Le DPP exige l’interopérabilité des systèmes, l’adoption de standards de traçabilité et la mise en place d’infrastructures numériques robustes. A la clé, un vrai socle pour l’éco-conception et la transparence, tout en renforçant l’innovation et la relation client. 

Une réglementation qui transforme les pratiques 

Issue du règlement européen ESPR, la réglementation Digital Product Passport impose aux industries manufacturières de fournir pour chaque produit une fiche numérique détaillant l’origine, la composition, la réparabilité et la recyclabilité. 

L’industrie face à ses spécificités 

Chaque secteur vit ce tournant avec ses contraintes propres. Dans l’aéronautique, l’enjeu critique est de sécuriser le ramp-up de production dans une supply chain mondiale, verrouillée par des certifications lourdes. Le DPP contribue à renforcer une démarche critique, autour de la continuité digitale qui devient une assurance-vie industrielle : elle protège le planning, la qualité et la conformité simultanément.  

Dans l’automobile, la pression est différente : sécuriser le sourcing de composants sur des horizons courts, explorer la supply au-delà des tiers 1, et orchestrer des relations où plusieurs OEM sollicitent les mêmes fournisseurs. Ici, le DPP sert autant à éviter les ruptures qu’à structurer un dialogue plus transparent avec les partenaires. 

Dans le manufacturing au sens large, il s’agit d’abord de mieux maîtriser les flux, les stocks, le juste-à-temps tout en préparant les futures fiches environnementales produit. Le DPP offre un cadre pour documenter l’empreinte, piloter le risque et faire évoluer les offres vers plus de service et de circularité. 

Bien plus qu’une fiche numérique : une infrastructure d’information et des blocs fonctionnels clés 

Parfois réduit à tort à un simple document, le DPP est une architecture qui traverse la chaîne de valeur, de l’extraction des matières premières jusqu’à l’utilisateur final. Il agrège trois dimensions indissociables : donnéesconnaissances et processus, afin de rendre traçables et vérifiables les attributs clés d’un produit. 

 Pour bâtir cette continuité digitale, cinq blocs fonctionnels sont essentiels : 

  • Traçabilité des matières premières, pour garantir l’origine et la conformité des matériaux (ex. métaux critiques dans l’automobile). 
  • Suivi des composants et pièces de rechange, pour documenter composition et réparabilité (ex. électronique pour faciliter recyclage). 
  • Pilotage des engagements ESG des fournisseurs, pour mesurer et contrôler les risques (ex. textile pour assurer des conditions responsables). 
  • Gestion collaborative via des portails fournisseurs, pour fluidifier l’échange d’informations (ex. batteries pour traçabilité des matières). 

Production automatisée des rapports de due diligence, pour répondre rapidement aux audits (ex. aéronautique). 

Une réponse à la complexité réglementaire

Le DPP s’inscrit dans un contexte où se multiplient les réglementations (EUDR, CBAM, CSRD, CS3D). Trop souvent, chaque exigence entraîne la création d’outils isolés, générant des silos coûteux et complexes. Faire du DPP le socle d’une architecture digitale simple, modulaire et interopérable permet d’absorber les exigences présentes et futures, tout en réduisant les délais et les coûts de mise en conformité. Cette approche crée également de la valeur autour des produits grâce à la donnée gouvernée. 

Unifier les briques susmentionnées permet de passer d’une conformité « au coup par coup » à une capacité durable. Lorsqu’une nouvelle directive arrive, il devient possible de requêter des données déjà gouvernées plutôt que de réinventer un système. 

Le DPP comme socle d’ouverture à des opportunités

Réduire le DPP à une exigence réglementaire serait une erreur stratégique. C’est donc une opportunité majeure de transformation, touchant l’organisation interne et la création de nouvelles valeurs pour l’industrie. 

a) Des opportunités industrielles et business grâce à des données vivantes et exploitables 

Le DPP s’appuie sur un patrimoine de données vivantes (évolutives), certifiées (standards communs) et unifiées (interopérables entre systèmes et fonctions). Cette richesse ouvre trois leviers : 

  • Optimisation industrielle, en améliorant qualité, planification et maintenance. 
  • Intelligence augmentée, grâce à l’IA pour analyses prédictives et décisions rapides. 
  • Nouveaux modèles économiques, basés sur transparence, circularité et services innovants. 

b) Une transformation organisationnelle et de gouvernance 

Le DPP impose une continuité digitale qui traverse toutes les fonctions. Pour y parvenir : 

  • Intégrer la conformité au niveau produit/service, alignée avec les processus métiers. 
  • Désigner un pilote transverse pour fédérer les équipes et assurer la cohérence des flux. 
  • Installer une gouvernance de la donnée avec rôles, cycles de vie et standards communs. 

c) Une opportunité de convergence pour soutenir la transformation digitale 

Les systèmes PLM, ERP et MES coexistent déjà. Le DPP ne les remplace pas, mais devient le socle d’une couche agnostique, certifiée et interopérable qui : 

  • Crée un langage commun basé sur des datapoints critiques (origine, composition, empreinte environnementale…). 
  • Capitalise sur les systèmes existants, réduisant les frictions et les silos. 
  • Ouvre la voie à une convergence progressive, facilitant intégration et collaboration. 

d) Un capital stratégique, pas un coût 

Les industriels qui investissent dans des fondations pérennes — blocs fonctionnels, gouvernance exigeante, architecture réutilisable — convertiront une contrainte en avantage compétitif. 

  • Opportunités opérationnelles : supply chain plus robuste, optimisation des flux, maintenance prédictive. 
  • Opportunités business : services basés sur la circularité, différenciation marketing, monétisation des données. 
  • Propositions de valeur : réduction des coûts de conformité, accélération du time-to-market, reporting ESG automatisé, capacité d’innovation via l’IA. 

Conclusion : Le DPP est une opportunité unique pour transformer la contrainte réglementaire en avantage compétitif. Les entreprises qui investissent dès aujourd’hui dans une architecture digitale unifiée seront mieux armées pour répondre aux exigences ESG et créer de la valeur durable.