Pourquoi l’IAM est devenu stratégique

L’IAM ne se limite plus à gérer les comptes utilisateurs. Il s’agit désormais de contrôler dynamiquement qui accède à quoi, quand et comment, dans un écosystème où les identités ne sont plus uniquement humaines : B2E, B2B, B2C, IoT, Cloud services, etc.

KuppingerCole parle d’Identity Fabric, une approche qui permet d’unifier la gestion des identités à travers tous les types d’utilisateurs et de systèmes, en intégrant gouvernance, automatisation et sécurité

L’Identity Fabric

Le principe de l’Identity Fabric est le lien entre toutes les briques de la Digital Identity qui permet d’unifier les données d’identité provenant de toutes les sources (on-premise ou cloud) au sein d’une organisation afin de les transformer en ressources réutilisables et évolutives.

Le lien entre toutes ces sources donne un profil global complet et riche pour chaque utilisateur. Ces données sont alors consommables dans n’importe quel protocole (SAML, OIDC, SCIM, …)

Les principes sur lesquels s’appuient l’Identity Fabric sont :

  • Authentification et autorisation (IAM, CIAM, fédération)
  • Gestion des identités (provisionnement, cycle de vie, gouvernance)
  • Sécurité adaptative (MFA, risk-based access)
  • Intégration multi-environnements (cloud, on-prem, SaaS, API)
  • Expérience utilisateur fluide (SSO, self-service, consent management)

Vous l’aurez compris, l’Identity Fabric ne repose pas forcément sur un seul produit, mais potentiellement sur plusieurs… (même si certains y tendent) L’Identity Fabric est une vision ambitieuse. Je constate que peu d’organisations sont prêtes à l’adopter pleinement, mais celles qui s’y engagent gagnent en cohérence et en rapidité d’intégration multi-cloud.

Les risques d’un IAM négligé

Lorsqu’il est mal conçu ou insuffisamment gouverné, un système IAM peut devenir une faille critique dans l’architecture de sécurité d’une entreprise. Ce n’est pas seulement une question de technologie, mais de maîtrise des accès à l’information, dans un contexte où les frontières entre utilisateurs internes (B2E), partenaires (B2B) et services cloud sont de plus en plus floues.

Prenons l’exemple d’un collaborateur quittant l’entreprise : si ses accès ne sont pas révoqués immédiatement, il peut conserver un point d’entrée vers des ressources sensibles. De même, l’absence de visibilité sur les droits d’accès cumulés au fil du temps crée un terrain propice aux abus ou aux erreurs.

C’est un scénario que je rencontre souvent. La gestion du cycle de vie (Joiner-Mover-Leaver) reste un point faible dans beaucoup d’entreprises, alors qu’elle est critique pour éviter les accès fantômes.

Le phénomène de Shadow IT, où des utilisateurs contournent les processus officiels pour accéder à des outils non validés, est également amplifié par un IAM trop rigide ou mal intégré. Cela fragilise la posture de sécurité globale et complique la conformité aux réglementations comme le RGPD, NIS2 ou DORA.

Ces vulnérabilités ne sont pas que théoriques. D’après Forrester, 90 % des violations de données impliquent un facteur humain, incluant notamment l’utilisation d’identifiants compromis ou mal protégés. Ce chiffre souligne à quel point la gestion des identités est devenue un vecteur d’attaque privilégié pour les cybercriminels.

Bonnes pratiques pour les CxO
Pour transformer l’IAM en avantage stratégique, les dirigeants doivent :

  • Adopter une approche Zero Trust, où chaque accès est validé selon le principe du moindre privilège.
  • Mettre en place une authentification forte (MFA), résistante au phishing (ex. FIDO2).
  • Automatiser le cycle de vie des identités (Joiner – Mover – Leaver).
  • Superviser en continu les accès et détecter les comportements anormaux.
  • Aligner l’IAM avec la stratégie d’entreprise, en impliquant les métiers.
  •  Gérer les comptes à privilèges pour limiter drastiquement les risques d’attaques.

Ne voyez pas ces pratiques comme des cases à cocher, mais comme un cadre évolutif.

Par exemple, l’authentification forte ne doit pas être vécue comme une contrainte, mais comme un levier pour améliorer l’expérience utilisateur (cartes à puce, passwordless, biométrie, …).

Constats clés sur les risques et la maturité des organisations

  • Beaucoup d’entreprises n’ont pas encore mis en place les fondamentaux de l’IAM moderne (Tendances observées dans les rapports Gartner (ex. Planning Guide for IAM 2025)
  • 63 % des organisations sont dans une zone d’exposition élevée faute de gouvernance des identités (CyberArk, 2023).
  • Le coût moyen d’une violation de données est estimé à 4,45 M$ (IBM Security).
  • 75 % des entreprises sont exposées à des risques liés aux applications ne supportant que les mots de passe (CyberArk, 2023).
  • 77 % des développeurs disposent de privilèges excessifs, les rendant vulnérables aux attaques (CyberArk, 2023).

Ces statistiques confirment ce que j’observe : la maturité IAM est encore faible. Beaucoup d’organisations investissent dans des solutions, mais sans gouvernance ni évolutivité, le risque reste élevé.

Conclusion

L’IAM n’est plus un sujet IT secondaire. Il est devenu un pilier de la stratégie de cybersécurité et un accélérateur de transformation digitale. Pour les CxO, il est temps de considérer l’IAM comme un investissement stratégique, au même titre que la gouvernance des données ou la résilience opérationnelle.

Ma conviction est que L’IAM est un accélérateur de transformation digitale. Les entreprises qui l’intègrent dans leur stratégie globale gagnent en sécurité et en agilité.

Et vous, où en est votre organisation dans la maturité IAM ?