L’agent : une notion ancienne, réactualisée par l’IA 

La notion d’agent n’est pas nouvelle. Un agent est une entité autonome qui agit pour le compte d’un tiers. Il peut donc s’agir tout aussi bien d’un automate très simple, n’exécutant qu’une seule tâche dans des conditions très précises, que d’un système sophistiqué, capable d’adapter ses actions au contexte.

Un agent ne met donc pas nécessairement en œuvre de l’IA. Cependant, ce qui fonde l’engouement autour de ce concept, c’est la concomitance de deux avancées majeures : 

  • L’apparition de systèmes d’agents, intégrés et coordonnés, capables de gérer seuls et de bout en bout des processus complexes.  
  • L’utilisation de l’IA générative comme interface, ce qui permet des interactions en langage naturel et donc de pouvoir interroger ou programmer le système. 

Ces deux éléments élargissent considérablement le champ des possibilités quelles que soient la (ou les) technologie(s) mise(s) en œuvre, qu’il s’agisse d’une fonction déterministe ou d’un algorithme avancé de machine learning. Parmi les cas d’usage d’ores et déjà répandus, on peut citer la surveillance en temps réel d’infrastructures ou de processus, la détection et la correction d’anomalies, ou encore le contrôle qualité. 

Dans le nucléaire, des précautions maximales 

Trois attributs décrivent les capacités d’un agent ou d’un système d’agents : 

  • son autonomie, c’est-à-dire l’indépendance avec laquelle il prend ses décisions ; 
  • son agentivité, qui décrit ce qu’il a (en théorie) la capacité de faire ; 
  • son autorité, qui conditionne ce qu’il a (en pratique) le droit de faire. 

Plus un agent a d’autonomie, d’agentivité et d’autorité, plus les bénéfices potentiels seront importants, mais plus les risques le seront aussi. Dans le domaine du nucléaire, où la sûreté et la sécurité priment par-dessus tout, il sera donc fondamental de limiter l’autonomie, en renforçant les contrôles machine et humains, et de raffermir l’autorité, en donnant au système une connaissance riche, précise et fiable du contexte tout en délimitant strictement son champ d’action. 

Sur la durée, il convient aussi de s’assurer que l’agent ne s’écarte pas de la mission qu’on lui a assignée (et qu’on aura clairement énoncée préalablement à sa conception). Pour cela, il est nécessaire d’établir un suivi et une gouvernance fondés sur des indicateurs de performance.

Il faut prévoir des mécanismes pour tenir à jour l’environnement de l’agent (« world »), aussi bien dans ses dimensions métier que techniques. Des recherches approfondies sont également nécessaires pour définir les rôles et attributions entre l’expertise humaine et les agents d’IA.

Cela inclut la création d’architectures type « human-in-the-loop », qui préservent le jugement de l’opérateur tout en tirant parti de l’efficacité des machines, ainsi que le développement d’interfaces intuitives favorisant la confiance et la supervision. Cela est essentiel pour sécuriser un suivi des agents avec les mêmes exigences rigoureuses que pour tout autre système numérique en ce qui concerne la sécurité et la confidentialité des données (entrantes et sortantes), les performances et la transparence (traçabilité, explicabilité).

L’agentique, un atout substantiel pour la filière 

Par la combinaison d’agents spécialisés et l’hybridation des technologies, l’agentique permet d’adresser des cas d’usage inédits dans plusieurs domaines. Par exemple, l’instabilité géopolitique constitue une menace grandissante pour les chaînes d’approvisionnement du nucléaire.

Un système d’agents pourrait aider à faire très vite face à tout changement de situation : un premier serait chargé de rechercher dans la documentation technique les pièces concernées ; un deuxième d’identifier via le web de possibles fournisseurs alternatifs ; et un troisième de trouver dans leur catalogue des pièces répondant aux exigences. Cette démarche pourrait s’appliquer à tous les types de fournitures, y compris le combustible. 

Sous un angle plus prospectif, on peut aussi évoquer les perspectives qu’ouvre l’agentique en matière de robotique avancée car celle-ci pourrait trouver dans le secteur nucléaire un terrain d’application privilégié. Dans bien des situations, en effet, il y aurait des gains opérationnels et de sécurité importants à employer des robots pour inspecter ou manipuler des équipements situés dans des zones dangereuses ou difficiles d’accès.

Grâce à l’IA, le robot pourrait apprendre et devenir ainsi fiable et efficace dans l’exécution des gestes à accomplir. Des acteurs de la filière réfléchissent très sérieusement à des solutions de ce type et ont même déjà entrepris de développer des pilotes. 

Entre les mains des ingénieurs et des experts métiers, l’agentique s’avance comme l’outil important qui va contribuer à relever les immenses défis techniques, industriels, économiques et humains qui attendent le nucléaire au cours des prochaines années. À condition, néanmoins, de prendre toutes les précautions indispensables pour pouvoir passer ces solutions à l’échelle, condition sine qua non pour concrétiser leurs promesses et maximiser leurs bénéfices.