Pour accompagner ces changements, il s’agit d’anticiper les besoins en compétences afin de proposer une offre de formation initiale et continue adéquate. Quels sont les principes directeurs pour guider la consolidation d’une stratégie de montée en compétence afin de décarboner l’économie ?

Identifier les nouvelles compétences au cœur des métiers émergents de l’économie verte

Les nouveaux métiers émergents de la transformation écologique désignés par l’économie verte prennent une importance grandissante. Parmi les filières qui sont amenées à se développer, le Shift Project2 mentionne notamment les activités de « l’Après Première Vie », qui englobent tous les métiers liés au recyclage, la réparation et le réemploi, ou encore les métiers d’entretien des mobilités douces. Des métiers avec une importante expertise technique sur les implications de la transformation écologique se généraliseront avec des postes comme chef de projet ENR, ingénieur d’étude hydrogène ou encore acévistes. Enfin, des postes d’intermédiaires, spécialisés dans la traduction de besoins pour adapter les prérequis de la transformation écologique dans les différentes filières connaitront un essor3.

Au niveau national la monté en compétences est soutenue par différentes initiatives. A titre d’exemple, le Plan d’Investissement dans les Compétences 2018-2022 finance les efforts de transformation des compétences et de qualification de la main-d’œuvre en lien avec la transition écologique. Autre exemple, la loi « Climat et résilience » d’août 2021 comporte un volet sur l’adaptation de l’emploi à la transition écologique.

Pour poursuivre et accélérer la dynamique, il est nécessaire de définir des référentiels de compétences afin de cartographier les besoins associés aux filières sous tension. Cela permettrait de définir une vision cible et dynamiser la mise en place des filières des formations « vertes ».

Accélérer le développement des formations qui répondent aux besoins de l’économie décarbonée

En effet, les enquêtes « Besoin en main-d’œuvre » et les indicateurs de tension de la Dares et de Pôle emploi indiquent qu’en 2021, 71% des métiers intégrés dans le périmètre de l’économie verte connaissaient des tensions élevées. L’inadéquation de formation face aux besoins du marché de l’emploi est soulignée comme source principale de tension.

La revalorisation des filières professionnelles des lycées, véritables portes d’entrée dans les secteurs sous tension comme le BTP ou l’agriculture est un levier d’action important pour répondre à l’urgence de ces nouveaux besoins. De plus, à l’image de ce qui est fait dans certains territoires, comme en Nouvelle Aquitaine qui a créé sa propre école de la rénovation énergétique en partenariat avec Pôle Emploi et la Banque des Territoires, les acteurs locaux qui ont une vision fine des besoins et spécificités territoriaux sont amenés à être moteurs de la diffusion de ces nouvelles formations. En ce sens, il est important aujourd’hui de soutenir la création de filières de formation initiale et continue aux métiers de l’économie verte. Cela pourrait être fait en exploitant les financements annoncés le 11 mai 2023 pour la transformation des filières de formation des acteurs sous tension dans le cadre de la stratégie pour la réindustrialisation.

Adapter toutes les formations existantes aux transformations écologiques sectorielles

Si la transformation écologique est synonyme de nouvelles filières et nouveaux métiers, l’économie dans son ensemble est marquée par la nécessité d’adapter les pratiques pour des modes de faire plus durables. Les filières sont contraintes de s’adapter pour répondre aux nouvelles exigences de la sobriété et de la décarbonation.

Certains métiers se complexifient dans des filières directement touchées par l’environnement comme la gestion des déchets avec les opérateurs de tri ou encore l’agriculture avec le développement de pratiques liées à l’agroécologie. Dans d’autres filières, c’est un transfert de compétences entre les spécialités qui s’opère. Certaines spécialités deviennent en effet moins demandées lorsque d’autres le sont davantage au regard des impératifs de la transition écologique C’est le cas notamment de la formation sur l’électronique de puissance pour répondre au besoin de l’électrification du secteur automobile, au détriment des spécialités sur les systèmes d’échappement.

Par ailleurs, les cursus des universités et des grandes écoles, pourtant non directement liés à la transformation écologique, s’adaptent pour répondre aux enjeux de formation à la transition écologique. Cela se traduit par l’intégration de blocs d’enseignements transverses dans des cursus préexistants, comme à Sciences Po avec la création du cours obligatoire de culture écologique. S’il est encore difficile d’évaluer la pertinence et la qualité des contenus proposés, il est indéniable que les compétences liées au pilotage et à l’évaluation des émissions carbones sont essentielles pour la future génération de professionnels et que ces initiatives sont à évaluer et encourager.

En conclusion, les transformations du monde du travail qui découlent de l’adaptation aux enjeux environnementaux ne se bornent pas aux nouveaux métiers de l’économie verte. Toutes les filières doivent adapter leurs modèles de compétences pour reprioriser certaines spécialités et développer des enseignements spécifiques pour adapter les modes de faire aux exigences de l’économie décarbonée. Pour en savoir plus sur l’éducation à la transformation écologique en France, nous avons publié une étude avec la Banque des Territoires44 qui présente un état des lieux à l’été 2023 ainsi que des préconisations pour aller plus loin.


  1. ADEME (2021). Transition écologique et emploi : un cercle vertueux ? ↩︎
  2. The Shift Project (2021). L’Emploi : moteur de la transformation bas carbone. ↩︎
  3. Baghioni, L. & Moncel, N. (2022). La transition écologique au travail : emploi et formation face au défi environnemental. Céreq Bref, 423, 1-4. ↩︎
  4. Banque des territoires & Capgemini Invent (2023). L’éducation à la transformation écologique. ↩︎