L’industrie Automobile à l’ère du développement durable

62% des constructeurs automobiles disposent d’une stratégie de développement durable structurée mais avec une mise en œuvre qui reste fragmentée, selon le nouveau rapport de Capgemini

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Deux facteurs clés pour rendre les programmes durables de l’industrie plus impactants : la prise en  compte de tout le potentiel de durabilité des véhicules électriques et l’économie circulaire

Paris, le 5 mars 2020 – Selon une nouvelle étude du Capgemini Research Institute, face aux exigences des consommateurs, le développement durable est devenu un enjeu stratégique pour le secteur automobile qui est par ailleurs en avance sur les autres industries sur les questions de respect des normes mondiales de durabilité. Cependant, les constructeurs automobiles (OEM – Fabricant d’Equipement d’Origine) ayant défini une stratégie « véhicules électriques » (74% du panel de l’étude) ne sont que 56% à y avoir intégré leur démarche durable. En outre, les niveaux d’investissement, de mise en œuvre, ainsi que la mise en place d’une gouvernance de la durabilité, sont encore à la traîne pour pouvoir atteindre les objectifs définis par l’Accord de Paris sur le climat.

Selon l’étude « The Automotive Industry in the Era of Sustainability », l’industrie automobile doit investir davantage, à hauteur de 20% supplémentaires, afin d’atteindre les objectifs définis au niveau mondial. En outre, seules 9% des 500 entreprises automobiles analysées peuvent être considérées comme des « leaders hautement performants en matière de développement durable » ; 91% n’ayant pas atteint le point de maturité et 26% d’entre elles pouvant être considérées comme ‘en retard’.

Voici les principales conclusions de l’étude :

Les stratégies durables des constructeurs automobiles progressent régulièrement

Le développement durable gagne en importance au sein de l’industrie automobile, aussi bien en tant que thématique régulière de l’industrie que de priorité stratégique. Une bonne majorité (62%) des entreprises automobiles interrogées affirment disposer d’une « stratégie de développement durable structurée, avec des objectifs et des échéances bien définis » et seulement 8% sont encore en train d’en développer une. En termes de contribution au développement durable à l’échelle mondiale, les experts s’accordent généralement pour dire que l’industrie est, soit en avance par rapport aux autres industries (46%), soit au même niveau (19%). Le nombre d’événements investisseurs du secteur intégrant des thématiques de développement durable ont plus que doublé entre 2015 et 2019, passant respectivement de 142 à 320. Au niveau des pays, il existe d’importantes variations quant à la mise en œuvre des initiatives de développement durable. L’Allemagne et les Etats-Unis arrivent en tête pour la plupart des priorités, notamment « le soutien et la promotion d’une économie circulaire[1] » et « de process industriels durables », tandis que les autres pays accusent un retard pour plusieurs d’entre elles, dont « la mobilité et les services digitaux », « l’approvisionnement en métaux, matériaux et produits respectueux de l’environnement», ou encore « l’informatique durable ».

Mais pour un grand nombre d’entre eux, une approche durable globale et encadrée fait défaut

Même si l’industrie a fait des progrès, son approche en faveur du développement durable présente certaines lacunes. Le rapport a analysé les progrès de l’industrie automobile sur 14 initiatives uniques couvrant toutes les parties de la chaîne de valeur du secteur, de « la R&D et du développement de produits durables » au « soutien et à la promotion de l’économie circulaire ». L’attention portée aux différentes initiatives est inégale, avec 52% des entreprises qui travaillent sur des programmes d’économie circulaire, mais seulement 8% sur l’informatique durable. Il existe également des écarts en termes de gouvernance, avec seulement 41% des entreprises qui disposent d’un organe central chargé du suivi des objectifs durables et 45% qui associent les cadres de la société à la démarche en leur fixant des objectifs. Globalement, seules 19% des entreprises disposent d’au moins quatre objectifs quantifiables correspondant aux domaines identifiés comme ayant un impact maximum sur la performance de leur démarche durable (comme le recyclage des déchets, la consommation d’eau ou les directives relatives au travail éthique). En outre, les dépenses actuelles des constructeurs automobiles destinées à la protection de l’environnement (à l’exclusion des investissements dans la R&D, la fabrication de véhicules électriques et les services de mobilité) ne permettent pas d’atteindre les objectifs internationaux de durabilité : l’écart est évalué à 50 milliards de dollars.

Le rapport fait également un focus sur deux programmes clés de développement durable pour l’industrie – les véhicules électriques (EVs – electric vehicles) et l’économie circulaire.

La nécessité de mettre davantage l’accent sur la durabilité pour le passage aux véhicules électriques

Les émissions de gaz à effet de serre (GES) représentent un aspect critique du développement durable pour l’industrie automobile. Les véhicules électriques ont un impact positif important sur ce plan. Pour qu’il se fasse sentir pendant toute leur durée de vie, il est essentiel que leur alimentation se fasse par un réseau d’énergie renouvelable. Or, selon le rapport de Capgemini, seuls 15 % des constructeurs automobiles déploient une infrastructure de charge basée sur des énergies renouvelables. A cela s’ajoutent des facteurs supplémentaires à prendre en compte dans une démarche durable : a) l’empreinte CO2 plus importante de la production de batteries par rapport à la production de combustibles fossiles et b) un approvisionnement limité en lithium et en métaux rares. Une économie circulaire qui favorise une plus longue durée de vie des véhicules et des pièces, ainsi que de nouveaux modèles commerciaux, seront des facteurs essentiels pour permettre aux EVs d’atteindre tout leur potentiel de durabilité.

De l’intérêt pour les constructeurs automobiles de renforcer leur participation à une économie circulaire

Intégrer un programme d’économie circulaire est l’un des moyens les plus efficaces pour les constructeurs automobiles qui veulent renforcer leur démarche durable. Cette approche touche un grand nombre de domaines clés : la supply chain, le recyclage, les achats ou encore l’après-vente. Son efficacité a été démontrée par de grandes marques automobiles comme Michelin[2] – qui réutilise 85% des pneus usagés pour les rechaper[3] dans son usine britannique (économisant ainsi 60 kg d’émissions carbone par pneu) – ou encore GM[4], dont la vente de déchets recyclables a généré un milliard de dollars.

Cependant, selon l’étude, les constructeurs automobiles ont encore un long chemin à parcourir avant se s’engager pleinement dans une économie circulaire. Les entreprises interrogées par Capgemini déclarent que seulement 32% de leur supply chain contribue actuellement à l’économie circulaire, une proportion qui devrait atteindre 51% au cours des cinq prochaines années. L’écart est également important entre les initiatives d’économie circulaire les plus prisées (75% recyclent « une quantité significative » de déchets et rebuts industriels et 71% encouragent les utilisateurs finaux à utiliser des pièces et composants remis à neuf) et les moins populaires : seules 51% des entreprises investissent dans des infrastructures et compétences pour réutiliser d’anciens composants et rebuts et 36% mettent en place des partenariats pour offrir une seconde vie aux batteries des véhicules électriques.

« L’industrie automobile a réalisé des progrès réguliers en matière de développement durable mais il est nécessaire aujourd’hui d’accélérer l’adoption d’une approche systémique », déclare Markus Winkler, à la tête du secteur Automobile du groupe Capgemini. « Pour rattraper leur retard et former une industrie plus respectueuse de l’environnement, les constructeurs automobiles doivent concentrer leurs efforts stratégiques sur deux priorités clés : intégrer plus étroitement leur démarche durable aux véhicules électriques et augmenter leurs investissements dans des initiatives d’économie circulaire. »

« Il est également très important que les entreprises responsabilisent leurs cadres dirigeants dans cette démarche, qu’elles aient recours aux solutions technologiques intelligentes tout au long de la chaîne de valeur et qu’elles adoptent une approche collaborative au sein de leur écosystème, fondée sur des partenariats favorisant la durabilité, ainsi que le développement de processus et de normes plus durables, » ajoute-t-il.

En conclusion de l’étude, voici les principales recommandations tirées des actions menées par les constructeurs automobiles qui sont à la pointe en termes de développement durable :

  • Démontrer des progrès tangibles en matière de développement durable en produisant des rapports basés sur un ensemble d’indicateurs normalisés
  • Faire du développement durable une mission de l’entreprise tout entière
  • Responsabiliser les dirigeants d’entreprise en termes de développement durable et investir dans une instance de gouvernance solide
  • Concevoir et mettre en oeuvre des initiatives de développement durable à chaque étape de la chaîne de valeur automobile
  • Utiliser la technologie pour rendre les opérations plus compatibles avec les objectifs de développement durable
  • Renforcer les alliances et les partenariats pour un impact plus important

Pour consulter l’étude dans son intégralité, cliquez ici.

Méthodologie

Au cours des mois de novembre et décembre 2019, Capgemini a interrogé 503 organisations de l’industrie automobile et réalisé des entretiens approfondis auprès de 11 dirigeants œuvrant dans le domaine du développement durable. Capgemini a également interrogé 317 experts du développement durable issus d’ONG et appartenant au monde académique ou législatif. Capgemini a réalisé des entretiens approfondis auprès de 9 d’entre eux.

À propos de Capgemini

Capgemini est un leader mondial du conseil, des services informatiques et de la transformation numérique. A la pointe de l’innovation, le Groupe aide ses clients à saisir l’ensemble des opportunités que présentent le cloud, le digital et les plateformes. Fort de 50 ans d’expérience et d’une grande expertise des différents secteurs d’activité, il accompagne les entreprises et organisations dans la réalisation de leurs ambitions, de la définition de leur stratégie à la mise en œuvre de leurs opérations. Pour Capgemini, ce sont les hommes et les femmes qui donnent toute sa valeur à la technologie. Résolument multiculturel, le Groupe compte près de 220 000 collaborateurs présents dans plus de 40 pays. Il a réalisé un chiffre d’affaires de 14,1 milliards d’euros en 2019.

Plus d’informations sur www.capgemini.com. People matter, results count.

[1]L’économie circulaire désigne un système industriel ou économique qui optimise l’utilisation des ressources en misant sur la réparation et la régénération, à dessein et par intention. Elle favorise la réutilisation des matériaux, par opposition au cycle de fabrication traditionnel qui consiste à jeter après usage.

[2] The Society of Motor Manufacturers and Traders, “2018 UK Automotive Sustainability Report”, 2018.

[3] Rechaper : réparer (un pneu) en reconstituant la couche de caoutchouc usée de la chape.

[4] New York Times, Carmakers Try to Keep Waste Out of the Ground as Well as the Air, décembre 2017.

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