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Décarbonation des transports : vers une nécessaire transformation des usages

Fares Goucha & Stéphane Lefranc
28 novembre 2023

La décarbonation des transports, centrale dans la mise en œuvre de l’accord de Paris, n’est réaliste que si l’écosystème des mobilités dans son ensemble réussit sa transformation. Cette dernière passe par une évolution des comportements vers des usages multimodaux, une plus grande complémentarité entre les modes et le déploiement d’infrastructures garantissant fluidité et performance. Trois enjeux intimement liés.

La raison pour laquelle l’économie de la fonctionnalité, où l’usage prime sur la propriété, a déjà conquis le secteur des loisirs (VOD versus DVD ; streaming versus CD) est simple. Grâce à un nouveau type d’offres portées par des plateformes ergonomiques et à des infrastructures adaptées, elle a élargi et facilité l’accès aux contenus. Cette transformation a démontré la capacité du consommateur à adopter de nouveaux comportements s’ils lui permettent de franchir un cap en termes de qualité de vie.

Le voyageur est pragmatique

Dans le domaine des mobilités, la réduction de l’utilisation de l’automobile individuelle au profit des mobilités douces et de la multimodalité ne peut s’imposer que si le voyageur acquiert la certitude que ses conditions de transport s’amélioreront simultanément sur trois critères : rapidité, fréquence et sérénité. De la même manière qu’il s’est abonné à un service de streaming, il sera alors en mesure de passer du principe de propriété à celui d’usage.

Aujourd’hui, la voiture individuelle conserve un net avantage pour la majorité des trajets porte-à-porte extra-urbains. Mais ce rapport de force pourrait bien changer avec l’avènement de nouvelles offres et infrastructures de mobilités concurrentielles. Dans les grandes métropoles, de New York à Paris, la bascule est en cours. Le taux d’utilisation de la voiture baisse et le permis de conduire ne constitue plus une priorité pour les jeunes. L’offre de mobilité (métro, vélo, tramway…), très avancée, accélère face à un réseau routier saturé. Mais l’essor des mobilités douces n’est pas seulement la conséquence d’embouteillages incessants. Dans ces grandes métropoles, les voyageurs bénéficient en effet d’une offre de mobility as a service (MaaS) qui les assistent dans leurs déplacements. Sur leur application, ils retrouvent en temps réel des informations sur l’état des réseaux (fer, route…), des propositions d’itinéraires multimodaux personnalisés, la possibilité d’acheter des titres de transport … Le numérique rend possible une intermodalité sans couture et personnalisée, condition même de l’adoption massive des mobilités douces.

L’expérience voyageur, un moteur d’innovation

Le déploiement de services de mobility as a service sur tous les territoires, en particulier ruraux, représente une priorité pour accélérer la mutation et la décarbonation. Encore faut-il que les infrastructures existent. Le développement des réseaux de transports en commun – train, bus, métro… – ne sera efficace que s’il s’opère dans une logique de multimodalité incluant la voiture individuelle, indispensable dans les zones à faible densité de population. Des solutions innovantes se mettent déjà en œuvre : création aux abords des autoroutes de parkings relais pour passer de la voiture individuelle au car, déploiement de lignes de covoiturage sur des départementales péri-urbaines avec des abris en bord de route et une application digitale de mise en relation…

La multiplication des hubs permettra des interconnexions fluides et sans couture entre modes de transport individuel (voiture, vélo, trajet pédestre) et modes de transport collectif. Pour être porteuse d’avenir, l’hybridation des moyens de transports doit éliminer les points d’irritation dans le parcours client. Un seul guide : la recherche de la fluidité.

Donner les moyens de « voyager » responsable

Un autre axe de décarbonation des mobilités se situe au niveau des entreprises. À titre d’exemple, les déplacements domicile-travail sont responsables d’un quart des émissions totales du secteur des transports, selon le Conseil mondial des entreprises pour le développement durable (WBCSD). Incitées par la loi d’orientation des mobilités (LOM, 2019), qui a inscrit la mobilité domicile-travail dans ses priorités, les entreprises commencent à proposer des solutions alternatives à leurs employés : auto-partage, location de vélo électrique, véhicules en libre-service, pass multimodaux qui donnent accès à différents réseaux (bus, tram, train…), crédit mobilité annuel… Ces initiatives participent, elles aussi, à l’évolution des habitudes et des mentalités vers l’adoption de la logique d’un transport à l’usage.

Optimiser les infrastructures, diversifier les offres en laissant l’innovation s’exprimer dans tout l’écosystème des mobilités, simplifier le multimodal et les transports en commun grâce au digital. Ce dernier s’avère en effet essentiel pour faire se rencontrer l’offre et la demande. Les axes de progrès sont donc nombreux et viennent s’ajouter au développement de matériel roulant plus performant (véhicules plus légers, électrification des parcs, hydrogène…). De nouvelles pistes devraient émerger pour accélérer le mouvement. Les projections actuelles indiquent en effet des trajectoires très lentes : selon une étude du ministère de la Transition écologique, 75 % des déplacements longue distance (supérieur à 100 kilomètres) s’effectuent actuellement en voiture (20 % pour le fer et 4,4 % pour l’air) et ne devraient diminuer que de 5 % en 2050. Certes, dans le même temps – et compte tenu de l’accroissement de la population et des flux – l’usage des transports en commun en tissu urbain va être multiplié par 2,5. La tendance est donc très positive. Elle n’attend plus qu’à être intensifiée.

Auteurs

Fares Goucha

Director Rail Industry, Capgemini Invent

Stéphane Lefranc

Directeur – Sustainability Business Services Managing
Stéphane Lefranc a plus de 25 ans d’expérience professionnelle dans les services mêlant direction générale, conseil en management et entrepreneuriat. Ses domaines d’expertises incluent la stratégie, le développement des clients et des affaires, l’organisation et la performance. Stéphane a travaillé dans divers secteurs tels que les services, l’énergie, et les services publics.
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