Tirer les leçons du plan Biden

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Moderniser les infrastructures françaises

Le 25 juin dernier, un compromis bipartisan a été trouvé au Sénat américain autour d’un paquet de 1 200 Mds$ sur les infrastructures, le « Infrastructure Investment and Jobs Act » (IIJA). Ces moyens iront principalement à la rénovation des routes et des ponts (550 Mds$), à la construction d’un réseau de batteries pour véhicules, à la couverture à haut débit et à l’entretien des réseaux d’eau potable. Des pans entiers du plan annoncé à Pittsburg le 31 mars dernier sont ainsi laissés de côté : ses volets écologiques (le standard électrique, la rénovation des bâtiments), éducatif (le financement des écoles et des crèches) et sociaux (le complément de Medicare). La hausse du taux d’impôt sur les sociétés est également renvoyée à plus tard. Une procédure de réconciliation sera nécessaire pour cela, car elle est la seule procédure susceptible de donner le dernier mot aux démocrates au Congrès.

Sur le plan politique, l’administration Biden manie ainsi l’art du contrepoint, superposant une ligne mélodique de consensus bipartisan et une cadence aux couleurs démocrates. Sur le plan économique, elle n’en court pas moins le risque du contretemps. Vu les délais de mise en oeuvre des décisions relatives aux « Infrastructures », il est illusoire de penser que ce plan contribuera à la relance. Joe Biden l’assume d’ailleurs. Il ne veut pas de projets « à portée de pelle ». La chronique budgétaire qu’il a présentée en avril dernier s’inscrit résolument dans le long terme. Elle s’étire sur 10 longues années d’exécution.

Le plan Biden s’assimile à une augmentation de capital de l’économie américaine, financée par la dette, en bénéficiant de la faiblesse durable des taux d’intérêt. Cette politique était justifiée par l’atonie durable de la croissance américaine, pour sortir de la « stagnation séculaire ». Ce rationnel est pourtant d’ores et déjà dépassé : la productivité a connu un rebond éclatant au premier semestre outre-Atlantique. L’inflation semble s’y installer à des niveaux inconnus depuis les années 1980. Le raisonnement se retourner. Le risque existe que les moyens du plan Biden alimentent la croissance des coûts de construction et nourrissent ainsi une spirale inflationniste. Parce qu’elle mettrait la pression sur les taux d’intérêt, cette dynamique pourrait même évincer l’investissement privé, générant un jeu à somme nulle pour l’économie américaine.

Le pari vaut d’être tenté. Les États-Unis ont accumulé un retard considérable en matière d’infrastructure, après trois décennies de coupes budgétaires dans la maintenance des routes, des ports, des voies navigables et des grands aéroports. Selon le Congressional Budget Office, le gouvernement fédéral consacre à peine 98 Mds$ aux infrastructures, quatre fois moins que les échelons locaux. Pris dans sa globalité, l’effort public pour les infrastructures représente seulement 2,3 % de la richesse nationale, soit 1% de moins que les autres économies développées.

Transposer ce raisonnement à l’Europe serait une erreur. La contraction de l’investissement public y a été nettement plus tardive et plus modeste qu’aux États-Unis. Elle est principalement intervenue après la crise des dettes souveraines et a concerné principalement les pays très endettés (Italie, Espagne, Grèce). Elle a épargné les pays les moins endettés, à l’exception de l’Allemagne et des Pays-Bas qui n’ont pas utiliser leurs surplus budgétaires pour investir. En France, coller à la trajectoire du plan Biden (1% du PIB en plus) reviendrait à multiplier par 4 les moyens dégagés dans le cadre du Grand Plan d’Investissement depuis 2018. Ce serait un contresens sans réformer la conduite de nos programmes d’infrastructure.

Le Point de Vue

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Notre expert

Etienne Grass

Expert in Public Sector.