Ecoconception des services numériques : place à l’action

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Malgré une prise de conscience grandissante, les organisations s’interrogent encore sur la mise en place concrète d’une démarche durable pour leurs services digitaux. Comment se lancer tout en engageant ses collaborateurs dans les changements de pratique et faire face aux préjugés sur la frugalité numérique ?

Par Corinne Leulier, Directrice Design et Hilda Gameiro, Directrice de clientèle, Capgemini Invent

L’écoconception des services numériques, beaucoup en parlent, mais peu la pratiquent. Signe d’une prise de conscience grandissante, des questions sur l’accessibilité et le Green IT figurent désormais dans la plupart des cahiers de charges des entreprises à des moments tels que la refonte de leurs outils numériques, sites web… En revanche, qu’elles ne soient que rarement des critères de notation montre aussi que les entreprises n’ont pas encore assimilé l’importance de ces sujets et les bénéfices qu’elles pourraient en tirer. En guise de défense, on oppose souvent les mêmes objections : cela va coûter cher et désorganiser nos processus, cela va nuire à l’esthétique et à l’expérience de nos services, ce n’est pas une priorité…

La plupart de ces remarques proviennent d’une méconnaissance de ce qu’est précisément l’écoconception. L’écoconception est, avec le Green IT et l’IT for Green, l’un des trois volets du numérique responsable. Dans notre approche, elle repose elle-même sur trois piliers : l’inclusion et l’accessibilité (le service doit être utilisable et compréhensible par tous), la frugalité fonctionnelle et technique (le service doit employer un minimum de ressources pour créer la valeur attendue) et l’exemplarité (le service doit illustrer l’engagement responsable de l’entreprise).

Ces trois axes sont en cohérence avec le Référentiel général d’écoconception des services numériques (RGESN) élaboré par la Direction interministérielle du numérique (DINUM), le Ministère de la Transition écologique, l’ADEME et l’Institut du Numérique responsable (INR), et publié fin 2021. Ils font aussi écho au Référentiel général d’amélioration de l’accessibilité (RGAA), qui aide à la mise en œuvre des obligations issues de la loi handicap de 2005 et de son décret d’application actualisé en 2019.

Ces référentiels constituent des guides précieux pour les entreprises qui souhaitent s’engager sur la voie de l’écoconception, mais qui ignorent souvent comment s’y prendre. Très opérationnel, le RGESN couvre l’ensemble du cycle de vie des services numériques, et recense des critères et des bonnes pratiques permettant de réduire leur empreinte environnementale. Par exemple, il encourage à réduire le poids des images, ou encore à détecter et éliminer les inutiles de données stockées sur des serveurs.

L’expérience montre que ces bonnes pratiques sont en général assez simples à mettre en œuvre, et qu’elles ont un impact rapide et significatif. Il n’est ainsi pas rare de pouvoir réduire de moitié le poids des pages sans en altérer le rendu pour l’utilisateur.

Quelle approche pour lever les freins et mettre en place des changements rapides ?

Les premières expériences d’écoconception ont aussi permis de faire émerger des facteurs de succès de ces projets. Pour commencer, il est fondamental de sensibiliser les équipes car la perception du sujet est souvent très hétérogène. C’est aussi collectivement que seront définis les indicateurs clés quantitatifs et qualitatifs qui permettront de mesurer – et, très important, de communiquer – les progrès réalisés. On nommera aussi un ambassadeur du numérique responsable, chargé de poursuivre le travail d’évangélisation et de veiller à la bonne application des règles.

Enfin, il est recommandé d’avoir dès le départ une approche englobant tous les piliers de l’écoconception, même si l’on ne se focalise pour débuter que sur quelques points précis. Cela permet de ne pas sacrifier un aspect au bénéfice d’un autre et de maintenir une cohérence d’ensemble à mesure que l’on enrichit la démarche.

Surtout, le principal enseignement des premières démarches d’écoconception est qu’elles se fondent très naturellement dans les méthodes existantes. Ce sont le plus souvent de bons réflexes, qui ne nécessitent aucune remise en cause des processus et ne grèvent pas la productivité. Ceci permet de procéder pas à pas de façon incorporer progressivement les pratiques à la culture et aux usages en vigueur. Par la suite, une refonte majeure d’un site web ou d‘une application peut constituer une bonne occasion de passer ces acquis à l’échelle.

Est-ce que faire de l’écoconception est synonyme d’un service moins riche ?

À la lumière de l’expérience, on constate donc que les objections que l’on oppose généralement à l’éconception n’ont pas lieu d’être. Une démarche coûteuse ? Elle ne l’est ni en temps ni en ressources puisqu’elle constitue une charge infime. Mieux, ramener les services à l’essentiel est une forme d’optimisation qui permet d’économiser sur le développement, la production et la maintenance.

Plus on s’y prend en amont et plus ces gains sont d’ailleurs importants (on estime que 80 % des impacts des services numériques peuvent être réduits à la conception[1]). Une expérience dégradée ? Là encore, c’est tout l’inverse. Délester les services du superflu, c’est se focaliser sur le cœur de métier et les besoins réels des utilisateurs. Par exemple, limiter le nombre d’éléments ou de fonctionnalités à afficher sur une page, ou encore ne présenter que les contenus pertinents adaptés au contexte d’usage. Cela permet d’offrir une navigation plus claire, plus immédiate, et des performances.

Enfin, reste l’argument selon lequel l’écoconception ne serait pas une priorité. S’il n’est pas contraignant, le RGESN, créé sous l’impulsion du gouvernement, est présenté au même rang que le RGAA, le RGPD et le RGS, qui, eux, le sont déjà. Il ne fait donc guère de doute qu’à brève échéance, l’écoconception s’imposera également comme une obligation réglementaire. Elle viendra s’ajouter à un arsenal grandissant d’exigences sociales et environnementales dont les entreprises devront rendre compte dans leur reporting extra-financier. Par ailleurs, les collaborateurs (en quête de sens) et les clients (en quête d’éthique) expriment des attentes de plus en plus fortes sur le sujet. S’en emparer sans plus attendre, c’est donc se montrer en phase avec ces publics, se préparer aux obligations à venir et, surtout, tirer dès à présent le bénéfice de services numériques allégés, épurés, et centrés sur l’essentiel.

[1] Source : « Ecoconception web, les 115 bonnes pratiques – Doper son site et réduire son empreinte écologique », par Frédéric Bordage, Stéphane Bordage, 2019

Auteurs

 

Hilda Gameiro, Directrice de clientèle, Capgemini Invent

 

 

 

Corinne Leulier, Directrice Design, Capgemini Invent

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