Les mots du jour d’après : Résilience

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Le 25 mars 2020, l’opération militaire « Résilience » était lancée, avec pour « mission de contribuer à l’engagement interministériel contre la propagation du Covid-19 » : aide et soutien aux populations, appui aux services publics dans les domaines de la santé, de la logistique et de la protection[1].

Si le terme de « résilience » est ancien, sa popularisation et son utilisation dans le langage courant sont, quant à eux, plutôt récents. Dès lors, il semble intéressant de s’intéresser aux origines de ce terme, pour bien en comprendre le sens et essayer d’en poser une définition, même si cette tâche s’avère complexe puisque plus de 200 définitions ont été recensées par l’universitaire Serban Ionescu[2].

Etymologiquement, « résilience » provient du latin resilire, qui signifie rebondir. Initialement, le terme « résilience » est utilisé en physique pour caractériser l’énergie absorbée par un corps lors d’une déformation.

La « résilience » a longtemps été un concept réservé au domaine de la psychologie et de la psychanalyse et concerne les individus.

En France, c’est le neuropsychiatre Boris Cyrulnik qui popularise ce terme dans les années 90, et le définit comme « la capacité à vivre, à réussir, à se développer en dépit de l’adversité ». Cette capacité est propre à chaque individu, en fonction de sa construction personnelle liée à son environnement familial, son réseau amical, sa situation socio-professionnelle. Certains auront développé des facteurs de protection d’autres auront acquis des facteurs de vulnérabilité. C’est ce qui fait que chaque individu sera plus ou moins résilient.

La résilience, dans une approche collective est plus récente. En 2008, le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale (LBDSN) la présente « comme la volonté et la capacité d’un pays, de la société et des pouvoirs publics à résister aux conséquences d’une agression ou d’une catastrophe majeure, puis à rétablir rapidement leur capacité de fonctionner normalement, ou tout le moins dans un mode socialement acceptable. Elle concerne non seulement les pouvoirs publics, mais encore les acteurs économiques et la société civile toute entière ».[3]

Cette plongée dans la signification profonde du terme « résilience » et son évolution au cours de l’histoire nous donne quelques clés pour penser « Le Jours d’Après » et construire une société « résiliente » pour faire face aux crises et difficultés.

La résilience est un processus itératif en perpétuelle construction autour des 3 phases que sont la préparation, la réaction et le rétablissement.

Il est aujourd’hui trop tard ou trop tôt pour traiter de la phase de préparation. Nous sommes aujourd’hui, depuis près de 2 mois, en phase de réaction. La société française, dans son ensemble, fait face aux différents chocs qu’elle subit actuellement. A la différence d’autres crises, où les chocs sont souvent très forts mais très limités dans le temps, comme par exemple lors d’un séisme ;  ils sont ici toujours très forts, mais aussi très longs, en témoigne le plateau des hospitalisations que nous avons connu ces dernières semaines. Par ailleurs, nous savons déjà que les chocs vont se multiplier, qu’à un choc sanitaire succédera un choc économique. Cette phase de réaction, de « faire face » sera sans doute plus longue que d’habitude. Pour franchir cette phase de réaction, l’élément clé est l’engagement individuel et collectif de chaque d’entre nous, ainsi que la confiance.

Être résilient, c’est savoir anticiper. Et alors que nous sommes en phase de réaction, il nous faut d’ores et déjà penser à la phase de rétablissement. C’est à la fois une nécessité, pour pouvoir être prêt le Jour J, être en capacité de redémarrer dès lors que l’ouverture interviendra. C’est aussi une façon de nous aider à passer la phase aigüe de la crise en pensant à des jours meilleurs. Cette phase de rétablissement, devrait durer et comporter plusieurs séquences.

Tout d’abord un retour progressif de l’activité, souvent en mode dégradé ; ensuite une montée en charge progressive permettant de rattraper le temps perdu et de traiter les sujets les plus critiques ; enfin viendra la nécessité de penser le « Jour d’après » et de transformer durablement nos organisations, nos façons de travailler de manière à se construire des écosystèmes réellement résilients. Dans cette phase de transformation profonde, le numérique aura un rôle clé à jouer.

C’est à ce moment-là qu’il faudra alors penser la phase de préparation, en tirant les leçons de la crise que nous vivons actuellement pour maximiser nos facteurs de force et diminuer nos points de faiblesse.

La résilience est un processus en perpétuelle construction dont l’objectif est de nous rendre plus adaptables, plus souples, plus agiles afin de nous permettre de répondre à un environnement de plus en plus incertain et instable.

Être résilient ce n’est pas avoir réponse à tout. C’est se donner les capacités pour savoir faire face à tout.

[1] Ministère des armées : https://www.defense.gouv.fr/actualites/operations/operation-resilience

[2] Serban Ionescu, Traité de résilience assistée, Presses universitaires de France, 2011

[3] AA-IHEDN, « Résilience d’une Nation, y’a-t-il une place pour le citoyen dans la sécurité de notre pays ? », 2017

 

Auteur

Arnaud Flanquart

Directeur – Citizen services

Capgemini Invent

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