La crise économique a engendré une volatilité des prix et une stagnation de la consommation d’énergie (corrigée des effets de température*), ce qui s’est traduit par une baisse des profits et des performances boursières des Utilities. La transition énergétique étudiée dans plusieurs pays européens, suite à l’accident nucléaire de Fukushima, la création de nouvelles taxes et les orientations européennes sur l’efficacité énergétique – dont la mise en œuvre doit intervenir en 2014 – qui pénaliseraient les Utilities dont les clients n’achèveraient pas un certain niveau d’économies d’énergie vont peser encore davantage sur la performance de ces entreprises. Confrontées à la nécessité d’investir au moins 1 000 milliards d’euros dans les infrastructures énergétiques dans les dix ans à venir*, les Utilities doivent prendre des décisions de long terme dans un environnement de court terme de plus en plus incertain. Selon Colette Lewiner, Conseillère énergie et Utilities auprès du président directeur général de Capgemini : « Les gouvernements devraient prendre garde à ne pas tuer ce qu’ils pensent être une source aisée de prélèvements car certaines Utilities désinvestissent déjà d’Europe. Restreindre la capacité des Utilities à investir dans les infrastructures pourrait s’avérer très pénalisant lorsque l’économie repartira et que la demande d’électricité et de gaz augmentera de nouveau. »

Les bas prix du charbon et des certificats de CO2 en Europe menacent la rentabilité des centrales à gaz pourtant indispensables
Selon l’Observatoire, alors que les prix du pétrole sont restés à des niveaux élevés en raison de tensions géopolitiques telles que la menace de la guerre en Iran, la crise économique en Europe et aux Etats-Unis et une croissance moins forte en Chine et au Brésil ont engendré une stagnation des consommations d’électricité et de gaz.

Aux Etats-Unis, les gaz de schiste exploités à des coûts très compétitifs ont fait baisser considérablement les prix du gaz. En Europe continentale en revanche, l’indexation des prix du gaz sur ceux du pétrole conduit à des prix beaucoup plus élevés – d’environ 300% – que les prix du gaz américain.

Aux Etats-Unis le gaz a commencé à remplacer le charbon dans les centrales à énergies fossiles, créant un excédent mondial de charbon – ce qui s’est traduit par des prix européens en baisse. Ce bas prix du charbon combiné au bas prix des certificats d’émissions de CO2 a détérioré la rentabilité des centrales au gaz provoquant la fermeture d’un certain nombre d’entre elles et un retrait potentiel de 10 000 MW d’ici 2014*. Cependant, ces centrales à gaz sont essentielles notamment pour compenser la volatilité des énergies renouvelables et équilibrer le réseau en période de pointe de consommation (lors de vagues de froid ou chaleur). Ainsi la mise en place de marchés de capacité* qui permettrait d’assurer la rentabilité de ces centrales et d’éviter leur fermeture, est une mesure prioritaire.

Le coût de la transition énergétique sera élevé
L’accident nucléaire de Fukushima a suscité des interrogations sur la place de l’énergie nucléaire à long terme dans le mix énergétique. De façon générale, le mix énergétique européen devrait évoluer vers une moindre part d’électricité d’origine nucléaire et une part plus importante d’électricité produite par des énergies renouvelables et fossiles (gaz et charbon dans certains pays). Ces scénarios de transition énergétique qui pourraient conduire à  une augmentation des émissions de CO2 supposent des investissements supplémentaires considérables et auront un impact sur les coûts de production et de transport d’électricité et donc les prix au détail.

En Allemagne, suite à la décision prise en mai 2011 d’abandonner l’énergie nucléaire, les prix de l’électricité vont augmenter significativement pour les consommateurs domestiques. Les industriels allemands pourraient voir leur prix augmenter de 70% d’ici 2025*

En France, si la part de l’énergie nucléaire dans la production d’électricité était réduite à 50% en 2030 (comparée à 75% actuellement), l’augmentation des coûts de production de l’électricité serait de 16%, ce qui se traduirait par une augmentation d’au moins 12% du prix final de l’électricité*.

Le développement des énergies renouvelables est menacé par la réduction des subventions
Représentant plus de 70% des nouvelles capacités de production construites en 2011, les énergies renouvelables ont poursuivi leur expansion en Europe. Cependant, malgré les projets de fermes éoliennes en mer, lancés dans certains pays (notamment le Royaume-Uni et la France) et d’autres investissements dans les énergies renouvelables, l’objectif européen de 20% d’énergies renouvelables dans le mix énergétique en 2020 sera difficile à atteindre. Ceci est notamment dû à la crise des dettes souveraines qui a amené les gouvernements à réduire les incitations fiscales et les tarifs d’achat ayant permis l’expansion de ces énergies. Le secteur de l’énergie solaire a été particulièrement touché. La réduction des subventions dans de nombreux pays et les la surcapacité de production au sein du secteur ont provoqué une situation de surcapacité pour les fabricants d’équipements au niveau mondial. La Chine a augmenté de façon significative ses exportations d’équipements – en particuliers des panneaux solaires – vers l’Europe et les Etats-Unis, menaçant la rentabilité des équipementiers occidentaux. De ce fait, au moins la moitié des fabricants de panneaux solaires dans le monde pourraient connaître de très grandes difficultés ou être rachetés à court terme*.

Le ralentissement économique devrait permettre l’atteinte de l’objectif européen de réduction des émissions de gaz à effet de serre
Bien que les signaux de marché et la réglementation soient actuellement inefficaces pour inciter les investissements dans les technologies peu « carbonées », l’objectif européen de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 20% en 2020 devrait être atteint grâce au ralentissement économique et aux délocalisations de certaines industries en Asie se traduisant par une diminution de la consommation d’énergie et donc des émissions de CO2. Pour être efficace, le système ETS* doit être rapidement réformé. Le prix des quotas d’émission de gaz à effet de serre a en effet chuté de 14€/t début 2011 à 6-7€/t en mai 2012, ce qui traduit un surplus de droits d’émission. A court terme, l’Union Européenne devrait procéder au décalage dans le temps de l’attribution des droits pour faire remonter les prix. Cependant, la complexité des procédures européennes ne devrait pas permettre à cette mesure de prendre effet avant avril 2013.

L’objectif d’efficacité énergétique
L’objectif 2020 d’efficacité énergétique va être difficile à atteindre. Un texte de compromis a été adopté par le conseil de l’union européenne en juin 2012 selon lequel les fournisseurs d’énergie ont l’obligation de réduire leurs ventes de 1,5% par an à partir de 2014. En cas de non respect de cette mesure, ces entreprises seront pénalisées.

Des investissements considérables dans les infrastructures énergétiques sont nécessaires mais les Utilities ne s’y engagent pas résolument
En Europe, d’ici 2020, un minimum de 1 000 milliards d’euros doivent être investis dans les infrastructures* (moyens de production d’électricité, réseaux, terminaux de GNL* et gazoducs) selon l’Observatoire. Dans le secteur de l’électricité, ces investissements sont nécessaires pour remplacer les centrales en fin de vie (près de 9,5 GW ont été retirés du parc européen en 2011), et plus généralement pour renforcer les réseaux afin d’améliorer la sécurité d’approvisionnement, raccorder les énergies renouvelables et les moyens de production décentralisés et rendre les réseaux plus « intelligents ». Dans le secteur du gaz, il est nécessaire de construire de nouveaux gazoducs de grand transport et des terminaux de regazéification de GNL.

Cette estimation n’inclut pas les investissements dans la production et les réseaux pour compenser l’abandon de l’énergie nucléaire en Allemagne (350 millions d’euros minimum*) ou les coûts liés au renforcement des mesures de sûreté nucléaire en Europe (en France, ils sont estimés à plus de 10 milliards d’euros pour les 58 réacteurs*).

L’instabilité économique actuelle et l’absence de prévisions crédibles sur le futur de la zone euro n’incitent pas les Utilities à investir dans la construction de ces infrastructures. Mais après la crise, le réveil risque d’être difficile.

Les Utilities sont sous pression
Pendant la période d’analyse, la performance boursière des Utilities s’est dégradée et leur valorisation a diminué. Cependant, les mesures politiques et législatives durant cette période montrent que les gouvernements et les régulateurs européens considèrent toujours les Utilities comme une source aisée de prélèvements supplémentaires. Par exemple, l’accord sur le texte de compromis concernant l’efficacité énergétique (voir plus haut) représentera un véritable fardeau pour les Utilities. A cela s’ajoutent les décisions politiques telles que l’abandon accéléré du nucléaire en Allemagne ou les taxes sur la production électronucléaire en Allemagne, en Belgique ou plus récemment en Espagne.

Une synthèse de l’étude peut être téléchargée à l’adresse suivante : www.capgemini.com/eemo

A propos de l’Observatoire Européen des Marchés de l’Energie (OEME)
L’Observatoire Européen des Marchés de l’Energie est une publication annuelle de Capgemini qui a pour objectif de suivre les principaux indicateurs des marchés de l’électricité et du gaz, de surveiller l’équilibre entre l’offre et la demande, de mesurer les progrès dans l’établissement d’un marché ouvert et concurrentiel dans les 27 pays de l’Union européenne (+ la Norvège et la Suisse) ainsi que d’observer l’évolution des indicateurs (3×20) de lutte contre le changement climatique à l’horizon 2020. Cette 14e édition, bâtie en majorité à partir de données publiques combinée à l’expertise de Capgemini sur le secteur énergétique, fait référence aux données de l’année 2011 et de l’hiver 2011/2012. Une expertise spécifique sur la politique énergétique européenne ; la situation financière des Utilities et la performance de ce secteur ; et la mobilité des clients est produite respectivement par CMS Bureau Francis Lefebvre, Exane BNP Paribas et VaasaETT Global Energy Think Tank.

A propos de Capgemini
Fort de plus de 120 000 collaborateurs et présent dans 40 pays, Capgemini est l’un des leaders mondiaux du conseil, des services informatiques et de l’infogérance. Le Groupe a réalisé en 2011 un chiffre d’affaires de 9,7 milliards d’euros. Avec ses clients, Capgemini conçoit et met en œuvre les solutions business et technologiques qui correspondent à leurs besoins et leur apporte les résultats auxquels ils aspirent. Profondément multiculturel, Capgemini revendique un style de travail qui lui est propre, la « Collaborative Business Experience », et s’appuie sur un mode de production mondialisé, le « Rightshore® ».
Plus d’informations sur : www.capgemini.com

Rightshore® est une marque du groupe Capgemini

* Les Utilities sont des sociétés de service public opérant dans les secteurs de l’électricité et du gaz
* Exane BNP Paribas, CMS Bureau Francis Lefebvre et VaasaETT Global Energy Think Tank sont partenaires de Capgemini sur l’Observatoire Européen des Marchés de l’Energie. Voir la note à la fin de ce communiqué de presse pour plus d’information sur leurs contributions
* Les objectifs 2020 européens : 20% de réduction des émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990 d’ici 2020 ; une part de 20% d’énergies renouvelables dans la consommation finale d’énergie en 2020 ; 20% de réduction de  la consommation primaire d’énergie par rapport à la projection en 2020 (soit un retour au niveau de 1990)
* En données corrigées des effets de température. En effet, le climat affectant les consommations d’énergie, il est nécessaire de disposer de données corrigées des variations du climat pour apprécier et analyser l’évolution des consommations d’une année sur l’autre.
* Estimation réalisée par l’Union Européenne avant l’accident de Fukushima
* Etude UBS
* Dispositif visant à garantir l’investissement dans des moyens de production mobilisables lors des périodes de pointe de consommation d’énergie. Au travers d’un tel dispositif, ces moyens de production sont rémunérés pour leur disponibilité même si elles ne produisent pas.
* Etude de l’institut technologique de Karlsruhe, Chambre de Commerce du Baden-Württemberg
* Etude UFE “Electricité 2030 : Quels choix pour la France ?”
* Renewable energy country attractiveness indices, n° 33, Ernst & Young et Bloomberg New Energy Finance, Mai 2012
* ETS : Emissions Trading Scheme, le système européen d’échange de quotas d’émission de gaz à effet de serre
* Estimation réalisée par l’Union européenne avant l’accident nucléaire de Fukushima
* GNL : Gaz Naturel Liquéfié
* Estimation de la banque allemande KfW
* Estimation de l’ASN, l’autorité de sûreté nucléaire