La « nouvelle normalité » du marché de l’énergie

Publish date:

D’ici 2030, 70 % du carburant utilisé dans les transports sera encore à base de pétrole en dépit des ambitieux objectifs d’e-mobilité.

Alors que le monde émerge de la première vague de COVID-19, on parle beaucoup de notre retour à une soi-disant « nouvelle normalité », dans laquelle des millions de personnes travaillent à domicile, où les voyages mondiaux sont fortement réduits et où des industries entières fonctionnent au ralenti.

À première vue, ces changements se sont avérés bénéfiques pour l’environnement. Les restrictions à la mobilité et le fort ralentissement industriel ont entraîné une réduction de 8,5 % des émissions, la plus importante depuis la Seconde Guerre mondiale. Le monde s’est réjoui quand des dauphins ont été repérés au large de Hong Kong et quand la qualité de l’air dans des villes du Pendjab s’est améliorée au point de pouvoir distinguer les montagnes au loin pour la première fois depuis des années, voire des décennies.

Mais avec le temps, nous constatons que même cette « nouvelle normalité » n’est pas suffisante du point de vue du changement climatique. Malgré ces changements significatifs, les scientifiques prédisent que nous ne parviendrons pas à atteindre le scénario 1,5-2° nécessaire pour tenir les objectifs de l’accord de Paris. De plus, alors que la reprise se poursuit dans le monde, la plupart des régions connaissent un rebond des émissions, confirmant que nos progrès n’étaient que temporaires.

Alors que le monde continue d’être agité par la crise de la COVID, nous devons nous poser des questions difficiles sur la façon dont nous réagissons à cette période de bouleversement majeur : Sortirons-nous de cette pandémie pour revenir au statu quo ou mettrons-nous cet événement à profit pour créer une façon sensiblement différente de vivre et de travailler ? Allons-nous uniquement essayer de rattraper de ce qui a été perdu au cours des derniers mois, ou allons-nous restructurer nos priorités économiques pour améliorer la viabilité à long terme, voire la survie elle-même ? Devons-nous, en tant que société, nous adapter à la nouvelle normalité ou en créer une meilleure ?

Ce sont les questions que nous explorons dans la nouvelle édition de l’Observatoire mondial des marchés de l’énergie (WEMO), le rapport annuel de Capgemini sur le leadership et la recherche dans le développement et la transformation des marchés de l’énergie du monde entier. Comme les années précédentes, l’étude met en évidence à quel point le monde est en retard sur ses objectifs en matière de changement climatique. Mais contrairement à nos éditions précédentes qui enjoignaient à prendre des mesures drastiques, nous voyons maintenant que nos efforts ne doivent pas seulement être significatifs, mais également soutenus, exhaustifs et globaux.

« Le changement climatique est une question qui doit être prise en compte par chaque industrie, chaque entreprise, chaque individu. Le programme ne sera pas mesuré en mois ou en années, mais comme un engagement à vie. »

Notre étude souligne le rôle que les utilities doivent jouer dans ce domaine, servant de coordinateurs pour améliorer la transformation intersectorielle et les partenariats public-privé afin de régler la question du changement climatique. J’explore ici quelques-unes des possibilités mises en évidence dans le WEMO de cette année en ce qui concerne la transition énergétique, le changement climatique et la durabilité :

  • Identifier les initiatives à fort impact.

Chaque pays en est à un stade différent de son programme de transition énergétique et de changement climatique, ce qui signifie qu’il n’y a pas de voie unique à suivre.

En Europe par exemple, l’énergie utilisée pour les applications de chauffage représente environ la moitié de toute la consommation finale d’énergie. Elle constitue un élément important et complexe de la stratégie globale de consommation d’énergie et d’émissions de la région. La décarbonisation est une mesure difficile à prendre mais nécessaire pour atteindre les objectifs de 2030 et 2050 en matière de changement climatique. Notre étude indique que le biométhane peut être injecté dans des réseaux de gaz à basse pression pour permettre un système d’économie circulaire.

Un autre domaine prioritaire en Europe est le transport, car c’est le seul grand secteur économique dans lequel les émissions de GES ont augmenté ces dernières années, représentant aujourd’hui environ un quart des émissions totales de l’UE.

Les biocarburants et les bioliquides peuvent également contribuer à aider les pays de l’UE à atteindre leur objectif de 10% d’énergies renouvelables dans les transports. Les tramways, les bus et les véhicules de tourisme alimentés par l’électricité renouvelable doivent devenir les formes prédominantes de transport urbain. Dans des secteurs tels que l’aviation, le transport maritime et le transport routier long-courrier, les biocarburants et les carburants électriques à base d’hydrogène renouvelable joueront un rôle capital.

Enfin, l’intensification de la rénovation de bâtiments est une autre composante essentielle de la stratégie européenne en matière d’efficacité énergétique. Cette rénovation comprend le remplacement les équipements d’isolation thermique, de chauffage, de climatisation et d’éclairage par des systèmes moins gourmands en énergie. Notre étude montre que la majorité des projets de rénovation se concentrent sur des améliorations non énergétiques dans les secteurs résidentiel et non résidentiel. Notre analyse révèle que pour atteindre les objectifs de l’UE en matière d’efficacité énergétique et de climat pour 2030, la région doit augmenter considérablement le nombre de projets liés à l’énergie par rapport au niveau actuel de 36%.

D’ici 2030, 70 % du carburant utilisé dans les transports sera encore à base de pétrole en dépit des ambitieux objectifs d’e-mobilité.

  • Adopter une combinaison de technologies numériques et sectorielles pour accélérer les objectifs de transition énergétique et maintenir la fiabilité.

Une baisse de la consommation couplée à des conditions météorologiques idéales pendant la période de confinement ont conduit à un bond inattendu de la part des énergies renouvelables dans le mix électrique. Les sources d’énergie verte telles que l’éolien et le solaire ayant dépassé 40% du mix total en Europe, l’industrie s’est trouvée confrontée à deux conclusions contradictoires : Il est possible d’accélérer l’adoption de sources renouvelables d’une part, et l’utilisation de sources d’énergie intermittentes pourrait affecter la fiabilité d’autre part.

Le WEMO de cette année ainsi qu’une autre étude récente de Capgemini, 55 projets technologiques aux impacts positifs sur le climat, confirment qu’il faut faire davantage pour améliorer la prévisibilité, la fiabilité et la sécurité de l’approvisionnement. Pour relever les principaux défis de la feuille de route de transformation, y compris l’intermittence liée aux énergies renouvelables, l’électrification progressive et la décentralisation, il faut une combinaison de technologies numériques et sectorielles.

Le déploiement à l’échelle de l’IA/ML, de la robotique, de l’Internet des objets (IoT) et des technologies de communication contribuera à réduire les coûts des sources d’énergie propre, à améliorer la fiabilité du système et à assurer un approvisionnement adéquat. Par ailleurs, des technologies sectorielles sont nécessaires pour gérer les solutions liées à la demande, à la production locale et à l’avancement des énergies renouvelables.

  • Les plans de relance doivent être considérés comme un moyen de préserver les économies régionales et d’accélérer la transition énergétique.

De nombreux pays ont annoncé des programmes d’aide financière en réponse à la COVID-19. Par exemple, les États-Unis ont annoncé un plan de relance massif pour développer les énergies renouvelables et améliorer l’efficacité énergétique. Avec le GREEN Act inclus dans le Moving Forward Act d’1,5 billion de dollars US, le gouvernement fédéral tente de stimuler l’économie par des investissements dans l’énergie verte. Il fournira également des incitations financières et des crédits d’impôt aux ménages qui s’engagent à prendre des mesures d’économie d’énergie et de mobilité à faible émission de carbone.

L’Union européenne met également en œuvre des plans de relance afin de préserver son économie et de promouvoir une reprise durable. Next Generation EU est un instrument de relance de 890 milliards de dollars pour relancer l’économie européenne tout en établissant une base plus verte. Dans le cadre de ce plan, l’UE prévoit de stimuler le développement des énergies renouvelables, y compris l’électricité à faible émission de carbone et l’hydrogène, qui sont considérés comme de futurs vecteurs d’énergie verte.

Bien que ce projet de loi soit un début, il ne représente qu’une partie du plan de relance total. Il faut faire davantage pour s’assurer que tous les efforts de redressement intègrent les exigences de durabilité et que les fonds de relance sont exclusivement consacrés au programme du changement climatique.

  • L’augmentation de la production d’énergie nucléaire fait partie de la stratégie globale de réduction des émissions

La croissance économique mondiale a besoin d’une énergie abordable, fiable et abondante. Bien que les énergies renouvelables constituent une part importante du mix énergétique, il est peu probable qu’elles puissent couvrir 100 % des besoins énergétiques mondiaux. L’énergie nucléaire, qui n’émet que 6 g de CO² / kWh (moins que les sources éoliennes ou solaires, bien qu’elle produise plus d’émissions pendant la construction des infrastructures) jouera un rôle déterminant pour répondre aux deux priorités du secteur : la réduction des émissions de CO² et le maintien de la fiabilité du système. Le nucléaire. Il prendra plus d’importance à mesure que les véhicules électriques seront plus répandus, augmentant la demande et saturant potentiellement le système.

L’utilisation sûre et efficace de l’énergie nucléaire dans le cadre du mix énergétique sera explorée dans les prochains WEMO. Et elle revêt pour moi un intérêt tout particulier pour aider mes clients dans leur quête d’une « meilleure normalité ».

Pour consulter l’intégralité des conclusions de l’édition 2020 de l’Observatoire mondial des marchés de l’énergie, téléchargez le rapport dès aujourd’hui.

Creating a better normal

Taille du fichier: 215,53 KB File type: PDF

Related Resources