Et la neutralité carbone devient réalité

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Six recommandations à l’industrie de l’énergie pour créer un monde plus durable et résilient dans la nouvelle édition de l’Observatoire mondial des marchés de l’énergie

L’énergie et ses utilisations représentent 73% des émissions de gaz à effet de serre (GES). Bien que la COVID-19 ait prouvé qu’une réduction rapide et à grande échelle des émissions est possible, notre étude indique que ces méthodes ne sont ni durables ni pleinement efficaces lorsqu’il s’agit d’atteindre le scénario 1,5-2° nécessaire pour tenir les objectifs de l’accord de Paris. En fait, les experts suggèrent que pour atteindre ces objectifs à long terme, des mesures de confinement semblables à celles adoptées au printemps dernier devraient être mises en œuvre à l’échelle mondiale chaque année pour la prochaine décennie, une stratégie totalement irréaliste.

Dans la nouvelle édition de l’Observatoire mondial des marchés de l’énergie (WEMO), notre rapport annuel qui couvre les principaux indicateurs des marchés de l’électricité et du gaz dans le monde, nous identifions six recommandations clés pour les fournisseurs d’énergie afin d’aider le monde à atteindre les objectifs à long terme en matière de changement climatique. Nous examinons ici ces recommandations et comment grâce à l’industrie de l’énergie, la neutralité carbone peut devenir une réalité.

1. Maîtriser les émissions de GES grâce à une tarification globale et significative du carbone.

Les experts s’accordent à dire que l’établissement d’un prix du carbone est le moyen le plus efficace pour parvenir à une réduction des émissions provoquant le réchauffement climatique. À cette fin, notre étude suggère aux régions d’envisager les tactiques suivantes :

  • Imposer des taxes carbone
  • Renforcer les mesures réglementaires concernant le carbone pour atteindre un prix du carbone plus élevé
  • Appliquer la taxe carbone aux produits importés afin d’éviter la croissance globale des émissions due à la délocalisation de la fabrication des produits
  • Mieux contrôler les émissions de méthane, un puissant GES

2. Encourager la construction de centrales sans carbone.

La croissance économique mondiale a besoin d’une énergie abordable, fiable et abondante. Le coût nivelé des énergies renouvelables continue de diminuer, sous l’influence de la baisse du prix de l’équipement, de l’amélioration de l’efficacité et d’autres facteurs. Dans de nombreuses régions, la production solaire et éolienne va bientôt dépasser celle des centrales nucléaires et des centrales à charbon opérationnelles dans les prochaines années.

En revanche, il est peu probable que les énergies renouvelables puissent couvrir 100 % des besoins énergétiques des régions, en raison des limitations de distribution et de la variabilité. L’énergie nucléaire jouera un rôle déterminant pour répondre aux deux priorités du secteur : la réduction des émissions de CO² et le maintien de la fiabilité du système. Ceci sera d’autant plus vrai à mesure que les véhicules électriques seront plus répandus, augmentant la demande et saturant potentiellement le système.

3. Encourager l’électrification des usages, notamment en ce qui concerne le transport et la mobilité.

L’électrification de l’industrie des transports, y compris les systèmes de transport en commun, est essentielle à la réalisation des objectifs climatiques à long terme. Cette industrie représente l’un des rares grands secteurs économiques dans lesquels les émissions ont augmenté au cours des dernières années, représentant maintenant une part démesurée des émissions mondiales de GES. Alors que les consommateurs se tournent de plus en plus vers les véhicules électriques, l’industrie doit prendre des mesures pour accélérer la création d’une infrastructure de recharge publique et pour garantir qu’une augmentation des véhicules électriques ne saturera pas le réseau.

4. Accélérer la modernisation du réseau grâce au déploiement à l’échelle du réseau intelligent, aux applications permettant la flexibilité de la demande et à une nouvelle grille tarifaire du réseau.

L’utilisation croissante des sources d’énergie renouvelables soulève également des questions importantes et urgentes sur la stabilité du réseau et la sécurité de l’approvisionnement. Ce problème a été signalé dans de nombreux pays au cours de la période de confinement liée à la COVID-19, lorsque la diminution de la consommation, l’utilisation accrue des énergies renouvelables dans le mix énergétique et le changement des conditions météorologiques (c.-à-d. des jours moins ensoleillés et venteux) ont accru la menace de pannes.

Notre étude confirme qu’il faut faire davantage pour améliorer la prévisibilité, la fiabilité et la sécurité de l’approvisionnement. Pour relever les principaux défis de la feuille de route de la transformation, y compris l’intermittence des énergies renouvelables, l’électrification progressive et la décentralisation, il faut une combinaison de technologies.

Le déploiement à l’échelle de l’IA/ML, de la robotique, de l’Internet des objets (IoT) et des technologies de communication contribuera à réduire les coûts des sources d’énergie propre, à améliorer la fiabilité du système et à assurer un approvisionnement adéquat. Par ailleurs, des technologies sectorielles et numériques apportent les solutions qui répondent à la demande, à la production locale et à l’avancement des énergies renouvelables.

5. Développer et faire évoluer les capacités en hydrogène vert.

L’hydrogène vert est apparu comme une nouvelle alternative à la réduction des émissions de carbone, bien que des progrès significatifs soient encore à réaliser pour qu’il devienne une source d’énergie rentable. À l’heure actuelle, l’Europe, la Chine et l’Australie sont toutes en lice pour devenir le leader mondial de la production d’hydrogène et ont engagé d’importantes ressources dans les secteurs public et privé pour accélérer l’utilisation de cette source d’énergie prometteuse.

Toutefois, tous les hydrogènes ne sont pas égaux. Souvent décrit comme un « carburant zéro émission » et un « vecteur d’énergie verte », l’impact environnemental de l’hydrogène diffère considérablement selon sa méthode de production. Les pays et les régions doivent s’assurer qu’ils poursuivent une stratégie hydrogène verte qui réduira les émissions plutôt que de simplement fournir une source d’énergie à faible coût. Notre analyse suggère que la croissance du marché de l’hydrogène vert se traduira par une compétitivité accrue, ce qui, en fin de compte, fera baisser les coûts et augmentera l’efficacité de la production.

6. Veiller à ce que les plans de relance donnent la priorité à l’avancement du programme vert.

Plusieurs pays et régions ont annoncé des programmes d’aide financière en réponse à la COVID-19. Toutefois, il reste encore beaucoup à faire pour s’assurer que tous les efforts de relance intègrent des exigences en matière de durabilité aujourd’hui et à l’avenir et que des fonds soient alloués à des projets spécifiques.

Les fournisseurs d’énergie doivent s’exprimer sur le rôle que l’industrie de l’énergie peut jouer pour stimuler l’économie et créer des emplois hautement qualifiés dans les scénarios de reprise. Il sera essentiel pour les fournisseurs d’énergie de collaborer avec les organismes gouvernementaux pour formuler un plan efficace et convaincant qui allie programme de durabilité à réponse à la pandémie.

Pour consulter l’intégralité des conclusions de l’édition 2020 de l’Observatoire mondial des marchés de l’énergie, téléchargez le rapport dès aujourd’hui.

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