Principales conclusions sur le changement climatique et la transition énergétique

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La part des énergies renouvelables augmente et la fiabilité devient préoccupante

En préparant la 22ème édition de l’Observatoire mondial des marchés de l’énergie (WEMO), le rapport annuel de Capgemini sur le leadership et la recherche dans le développement et la transformation des marchés de l’énergie à travers le monde, notre équipe a eu la tâche inhabituelle et peu enviable de devoir maintenir un équilibre entre deux discours opposés : la poursuite des tendances liées à la transition énergétique, au changement climatique, aux progrès technologiques et à l’évolution des marchés de l’énergie tout au long de l’année 2019 d’une part, et l’impact dramatique et profond de la COVID-19 sur l’ensemble du secteur de l’énergie en 2020 qui a, à bien des égards, bousculé les valeurs de référence et établi une soi-disant « nouvelle normalité ».

Les effets de la COVID-19 peuvent déjà être observés, qui se sont traduits par une baisse importante de la demande d’électricité et de gaz, la consommation totale ayant chuté jusqu’à 20 pour cent pendant les périodes de confinement à mesure que l’activité économique et les voyages mondiaux s’arrêtaient. Tandis que les pays sortent du confinement, la consommation reste inférieure de 5 à 10 % à la normale, ce qui tend à indiquer que l’industrie pourrait s’attendre à une reprise complète d’ici la fin de 2021 ou 2022.

Au prisme de cette « nouvelle normalité », je partage mes principales conclusions en matière de changement climatique et de transition énergétique dans le rapport WEMO de cette année et de ce qu’ils signifient pour une industrie qui a grand besoin d’agilité pour récupérer et se réinventer.

Les émissions ont baissé de façon significative à l’échelle mondiale, mais les objectifs à long terme en matière de changement climatique restent hors de portée

Avec le ralentissement économique mondial en 2019, le PIB des pays du G20 a augmenté de 2,9 pour cent, soit une baisse de 0,8 pour cent par rapport à 2018. La demande d’énergie, directement corrélée à la croissance du PIB, a également ralenti, la consommation n’augmentant que de 0,7 pour cent, contre 2,2 pour cent en 2018. Alors que les émissions mondiales ont continué d’augmenter de 0,6 pour cent en 2019, celles du secteur de l’énergie ont diminué de 0,4 pour cent en raison d’une combinaison de facteurs, notamment : une transition du charbon au gaz, la croissance des énergies renouvelables et l’amélioration de l’efficacité énergétique.

La baisse importante de la consommation due à la COVID-19 a entraîné la plus forte réduction des émissions de GES depuis la Seconde Guerre mondiale. En fait, les émissions ont diminué d’environ 8,5 pour cent en 2020, en raison des restrictions à la mobilité et d’un fort ralentissement industriel. Toutefois, cette diminution est conjoncturelle et non structurelle, ce qui signifie que les émissions augmenteront probablement à mesure que le monde se remettra de la pandémie et que la vie quotidienne reprendra. La crise a également démontré que les changements de mode de vie, tels que la diminution des voyages et la remise en question des trajets quotidiens, ont un impact significatif sur les émissions.

Dans le rapport de cette année, nous voyons la nécessité de mettre en œuvre un plan plus ambitieux et plus concret pour répondre à ce besoin impérieux, et la COVID pourrait être l’improbable catalyseur du changement. Dans la mesure où les gouvernements adoptent des plans de relance économique, il est possible de donner la priorité aux initiatives « vertes », en accélérant la transition énergétique et les objectifs de durabilité. Notre étude indique comment profiter de ces plans de relance en y intégrant notamment : un accroissement de la part des énergies renouvelables et de l’hydrogène vert, en particulier dans le secteur de la mobilité ; l’électrification de certains usages, tels que le développement de véhicules électriques ; la rénovation des bâtiments pour soutenir les mesures d’efficacité énergétique ; la mise en œuvre du réseau intelligent à l’échelle pour soutenir la transformation de l’industrie ainsi que la convergence des produits de base et des réseaux ; l’incitation à un changement de comportement progressif chez les consommateurs, y compris une réduction des déplacements. Le rapport souligne cet ensemble de changements structurels, ainsi que d’autres options, pour aider le monde à redresser le cap du changement climatique.

La part des énergies renouvelables augmente et la fiabilité devient préoccupante

Une baisse de la consommation couplée à des conditions météorologiques idéales pendant la période de confinement, principalement en Europe, ont conduit à un bond inattendu de la part des énergies renouvelables dans le mix électrique. Au cours de cette période en Europe, les sources intermittentes d’énergie verte, telles que l’énergie éolienne et solaire, ont dépassé 40 pour cent du mix total dans divers pays, des niveaux qui n’étaient pas attendus avant 2025 au plus tôt.

Ces parts de marché plus élevées que d’habitude ont permis au Royaume-Uni de suspendre les centrales au charbon pendant plus de deux mois. En Inde, des circonstances similaires ont permis de réduire la part de la production d’électricité à base de charbon de 15 pour cent (en chute de 75 à 60 pour cent). Pendant ce temps, aux États-Unis, les sources renouvelables sont devenues le deuxième plus grand producteur d’électricité derrière les centrales au gaz. Toutefois, l’utilisation croissante de sources d’énergie intermittentes a suscité des inquiétudes sur la stabilité du réseau et la sécurité de l’approvisionnement, le Royaume-Uni et l’Allemagne frôlant le black-out en avril et mai 2020 alors que la part intermittente des énergies renouvelables atteignait un pic.

Bien que la transition énergétique soit une priorité, il reste encore beaucoup à faire pour améliorer la prévisibilité, la fiabilité, la stabilité du réseau et enfin la sécurité de l’approvisionnement. Notre étude identifie plusieurs façons de le faire, notamment : l’amélioration de la viabilité des énergies renouvelables grâce à des options de stockage neutres en carbone, notamment les batteries lithium ion (Li-ion) à court terme et l’hydrogène à plus longue échéance; l’utilisation de l’intelligence artificielle et de l’automatisation pour permettre une plus grande précision de la prévision de la demande et la gestion de celle-ci; et le déploiement du réseau intelligent à l’échelle pour améliorer la gestion d’un mix énergétique distribué. La réglementation doit évoluer considérablement pour apporter des signaux économiques et incitatifs précis, libérant ainsi les investissements connexes dans ces domaines.

Conséquence de la crise de la COVID, la baisse du prix des matières premières et des prix de gros stimule des réductions rapides de l’OPEX/CAPEX

Comme nous l’avons noté, la crise sanitaire mondiale a profondément affecté le marché de l’énergie, entraînant une baisse des revenus (volumes de consommation d’énergie), ainsi qu’une chute du prix des produits énergétiques, l’exemple le plus notable étant le pétrole brut dont le prix a chuté de près de 80 pour cent à son niveau le plus bas. La reprise demeure incertaine et la demande mondiale de pétrole pourrait subir un impact significatif à long terme allant au moins jusqu’en 2022, ce qui inciterait les exploitants de pétrole et de gaz à accélérer leur diversification.

La chute importante des revenus et des marges de l’énergie et des utilities nécessitera de nouveaux programmes OPEX et CAPEX et pourrait provoquer une nouvelle vague d’insolvabilité des clients. Les acteurs ont révisé leurs plans financiers, reprenant les programmes de performance actuels pour améliorer la rentabilité opérationnelle tout en dépréciant certains actifs. Dans le même temps, certaines utilities ont affiché de bonnes réserves au premier semestre 2020, démontrant leur résilience au cours de la période, tout en s’attendant à plus d’impact financier lorsque les contrats de produits de base signés avant la pandémie arriveront à leur terme pour la saison. Nous continuerons de surveiller les marchés et la réaction stratégique de leurs acteurs dans nos programmes de recherche dans les mois et les années à venir, guidés par la question : L’investissement dans la transition énergétique augmentera-t-il comme prévu pour atténuer le changement climatique ?

Pour consulter l’intégralité des conclusions de l’édition 2020 de l’Observatoire mondial des marchés de l’énergie, téléchargez le rapport dès aujourd’hui.

Key Climate Change and Energy...

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