Intelligent Industry : l’économie circulaire prend son envol

La révolution de l’économie circulaire n’a pas (encore) eu lieu et son adoption reste timide. Néanmoins, la pression pour lutter contre le changement climatique s’intensifie et les évolutions du marché comme la raréfaction croissante des ressources ou la reconfiguration mondiale des chaînes d’approvisionnement, poussent les acteurs industriels à accélérer leur transition circulaire.

Le dernier rapport du GIEC dévoile que l’humanité dispose d’une fenêtre de trois ans pour atteindre l’objectif de 1,5°C, ce qui accroit la pression sociale concernant les préoccupations environnementales. De plus, la récente succession de crises telles que les crises sanitaires, les perturbations des chaînes d’approvisionnement (par exemple, le blocage du canal de Suez, la pénurie de semi-conducteurs) ou la guerre en Ukraine confirme que les entreprises doivent faire face à un nouveau paradigme.

Malgré la pression sociale profondément ancrée et l’accélération de l’épuisement des ressources dans les prochaines décennies, la révolution de l’économie circulaire n’a pas (encore) eu lieu et son adoption reste timide. En effet, le taux de circularité de l’économie mondiale stagne à 9% (i.e., 91% des 100 milliards de tonnes de matières premières consommées chaque année ne sont jamais recyclées dans l’économie). [1]

Pour mieux appréhender cette dynamique de marché autour de l’économie circulaire, Capgemini Invent a mené en collaboration avec Change NOW une étude reposant sur une analyse de la stratégie de plus de 50 entreprises et une trentaine d’entretiens avec des acteurs de toute taille dans plusieurs industries.

Nous avons identifié quatre forces majeures poussant à l’adoption de l’économie circulaire :

  1. Intolérance croissante à tout type de pollution
  2. Manque ou absence de valorisation des déchets
  3. Rareté ou difficulté d’approvisionnement en matières premières
  4. Emissions de CO2 liées à l’activité de l’entreprise en général

Si les deux premiers ont concentré la plupart des efforts et réglementations depuis plusieurs années (recyclage ciblé, gestion des plastiques, gestion des invendus alimentaires ou non alimentaires), les conditions actuelles et à venir donnent une importance considérable aux deux derniers. En fonction de leur niveau d’exposition à ces menaces, les entreprises ont un niveau d’adoption et d’implémentation hétérogène de l’économie circulaire.

« Les acteurs poussés à adopter l’économie circulaire ont mis en œuvre de nouveaux business models qui vont bien au-delà du recyclage »

Les acteurs poussés à adopter l’économie circulaire ont mis en œuvre de nouveaux business models qui vont bien au-delà du recyclage (ex : Product-as-a-Service, extension de la durée de vie des produits, plateformisation, réparation et maintenance, seconde main), représentant de nouveaux terrains de jeu qui apportent une valeur économique avérée et une désirabilité pour le consommateur (ex : acquisition et fidélisation des clients, augmentation du chiffre d’affaires, amélioration de l’image de marque). En raison de ces avantages, de nouveaux acteurs sont également attirés par l’économie circulaire et l’intègre au sein de leur activité commerciale.

Que les industries soient poussées vers la circularité (ex : automobile, high-tech, construction, fabricants de biens de consommation) ou tirées par la circularité, déclenchant des perturbations du marché (ex : luxe, retailers) ou un mélange des deux, le chemin vers l’économie circulaire est inévitable. Quel que soit l’élément déclencheur, nous voyons des leaders de chaque industrie lancer des initiatives ou faire de l’économie circulaire l’un de leurs piliers stratégiques.

Suite à notre analyse, nous avons déterminé cinq convictions fondamentales pour la mise en œuvre de l’économie circulaire :

  1. L’économie de la rareté est prépondérante dans la définition de la stratégie. La stratégie n’est plus seulement une question de positionnement concurrentiel, mais doit également fournir une vision à long terme sur la souveraineté des matières premières et les risques d’approvisionnement afin de démontrer la résilience des entreprises dans les prochaines décennies.
  2. La conception du produit est la pierre angulaire de l’économie circulaire à l’échelle. Alors que les premières approches de l’économie circulaire étaient axées sur la réduction de la perte soudaine de valeur du produit en fin de vie ou sur les impacts environnementaux, une nouvelle ère s’ouvre avec la conception de produits durables permettant la mise en œuvre de stratégies circulaires de bout en bout grâce à des produits adaptés à leur usage par la sobriété, la dématérialisation, la durabilité, la modularité, la récupérabilité ou la recyclabilité.
  3. De grandes sources de valeur sont encore inexploitées entre la fin de l’utilisation et le recyclage. Il existe un océan d’opportunités en réutilisant, réparant, remanufacturant les produits, possibilités qui sont largement inexplorées. Cela implique une réflexion approfondie sur la stratégie de logistique inversée et les usines intelligentes chargées de maximiser l’utilisation des produits circulaires et de leurs composants.
  4. De l’entreprise étendue aux écosystèmes circulaires. Si le passage à l’économie circulaire nécessite évidemment de collaborer avec l’ensemble de la chaîne de valeur traditionnelle, il implique également d’avoir une approche encore plus écosystémique en s’associant avec des concurrents ou avec des acteurs d’autres industries (par exemple, pour maximiser la valeur des matières premières, ou pour atteindre la taille critique pour une revalorisation efficace).
  5. Deux innovations majeures vont alimenter les ruptures
    1. L’émergence des biomatériaux et de la biologie de synthèse peut fournir des alternatives économiquement viables à la rareté des ressources (ex : protéines à base d’insectes) et aux processus à fort impact pour la planète (ex : recyclage chimique, récupération des métaux précieux).
    2. La fusion des mondes physique et digital permet la mise en œuvre du passeport numérique des produits, de la traçabilité des matériaux, des plateformes d’échange, des outils d’aide à la décision ou des capacités de conception et de simulation.

« Implémenter des modèles circulaires économiquement viables à l’échelle implique des bouleversements majeurs au cœur de la stratégie et des processus opérationnels des acteurs industriels traditionnels. »

Implémenter des modèles circulaires économiquement viables à l’échelle implique des bouleversements majeurs au cœur de la stratégie et des processus opérationnels des acteurs industriels traditionnels. Ceci nécessite donc une approche holistique combinant produits, processus, écosystèmes et modèles économiques, qui implique de mobiliser de multiples compétences (design, data science, marketing, ingénierie, approvisionnement, …) pour relever conjointement les défis de l’économie circulaire.

S’agissant d’une transformation à long terme, les entreprises qui adopteront l’économie circulaire en premier obtiendront un avantage concurrentiel en créant et/ou en gagnant des parts de marché.

Avec l’urgence de la situation environnementale, la reconfiguration mondiale des chaînes d’approvisionnement et l’opportunité offerte par l’avalanche de technologies reposant sur les données, l’économie circulaire connaît désormais un momentum exceptionnel pour étendre son empreinte dans toutes les industries.

Un nouveau chapitre s’ouvre, let’s Change Now to Get the Future We want!

[1] Circularity Gap Report 2021