Tout comprendre sur l’analyse du cycle de vie

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Le dérèglement climatique, la dégradation des écosystèmes et l’épuisement des ressources nous imposent de réduire drastiquement et d’urgence la pression des activités humaines sur l’environnement. Mais pour agir de façon pertinente et efficace, il faut savoir précisément quels leviers actionner : tel est l’objet de l’analyse du cycle de vie (ACV).

Par Sylvie Cabral, Architecte développement durable, Capgemini Engineering

Qu’est-ce que c’est ?

L’analyse du cycle de vie (ACV) est une méthodologie normée au niveau international (ISO 14040/44) qui permet d’identifier l’impact environnemental d’un produit ou d’un service sur l’ensemble de son cycle de vie. Celui-ci est découpé en plusieurs phases : extraction des matières premières, fabrication, transport (et distribution), utilisation (et maintenance), et fin de vie.

Pour chacune de ces étapes, on évalue l’impact des opérations sur l’ensemble des impacts environnementaux (jusqu’à 18 indicateurs), tels que le dérèglement climatique, l’épuisement des ressources, la perte de biodiversité et la pollution des eaux. On obtient ainsi une photographie globale de l’impact environnemental.

A quoi ça sert ?

L’ACV est un outil d’aide à la décision. Il permet aux entreprises d’orienter leur politique industrielle vers des produits, des processus et des modèles d’affaires plus respectueux de l’environnement. Il permet aux pouvoirs publics de transformer la réglementation, les politiques de soutien et les efforts de communication vers les filières et les produits les plus vertueux. Enfin, il permet aux citoyens de faire des choix de consommation éclairés.

L’ACV permet d’identifier l’étape et/ou composant le plus impactant (et donc de cibler les axes prioritaires à travailler), et d’établir des comparaisons et en identifiant les solutions plus pertinentes, en déjouant les fausses bonnes idées.

  • Pour un produit/service donné, on pourra déterminer les phases et/ou les enjeux sur lesquels les impacts sont les plus forts, ce qui permettra de mieux hiérarchiser et cibler les efforts.
  • Pour un produit/service en développement, on pourra comparer diverses options (de matériaux, de fournisseurs, de design…) afin de retenir la plus intéressante du point de vue environnemental, et faire de l’éco-conception.

Effectuer une ACV passe par la notion d’unité fonctionnelle, qui consiste pour un service donné, à comptabiliser les activités nécessaires à sa réalisation. Par exemple, transporter une personne sur 100 kilomètres, si l’on veut comparer l’impact environnemental de différents modes de déplacement, ou bien produire 1 kWh d’électricité à haute tension pour comparer les sources d’énergie.

Comment la mettre en place ?

Auparavant, la compétence sur l’ACV était concentrée au sein du département RSE/Développement durable des entreprises, dont les experts venaient en aide aux métiers pour réaliser leurs analyses. Actuellement, avec une maturité accrue, la démarche peut être directement intégrée aux processus (de design, d’achat…), voire aux outils de conception (PLM), pour être systématisée, avec la dimension de l’éco-conception.

La méthodologie de l’ACV comporte 4 étapes :

          1. Définir les objectifs et le périmètre de l’étude

Si l’on veut pouvoir exploiter les résultats, et notamment établir des comparaisons qui ont du sens, il est fondamental de poser clairement les hypothèses de départ et les objectifs recherchés. Par exemple, le but est-il interne (éco-conception, stratégie RSE…) ou externe (communication, réponse à des demandes clients ou des exigences réglementaires…) ?

          2. Collecter les données

Les données nécessaires pour évaluer les impacts sur chacun des critères, sur chacune des phases, sont très concrètes. Il s’agit d’énergie consommée, de tonnes de solvants utilisées, de km parcourus… Elles sont collectées en interne (flux physiques, IT…), en amont (fournisseurs) et en aval (utilisateurs). Lorsqu’elles sont manquantes, on peut se référer en dernier recourt à des bases de données génériques qui donnent des moyennes de marché, en le spécifiant clairement dans le rapport final.

          3. Transformer les données en impacts environnementaux

Il existe pour cela des outils de conversion et des bases de données d’équivalence standard, qui s’appuient sur l’état de l’art des connaissances scientifiques.

          4. Interprétation et amélioration

Une ACV doit adjoindre à ses résultats un rapport détaillé qui précise le périmètre, la méthode, les chiffres utilisés… La démarche peut aussi faire l’objet d’une revue critique par un organisme tiers qui en validera la rigueur. Ces analyses permettent d’avoir des résultats fiables, sur lesquels on peut s’appuyer pour comparer, décider et communiquer. L’ACV offrant une photographie de l’impact, on reproduira tout ou partie de l’analyse lorsque le contexte aura changé pour évaluer les progrès ou ajuster les décisions.

Quels bénéfices pour les organisations ?

L’ACV donne une vision inédite, complète et objective de l’impact environnemental de ses activités, ce dont on peut tirer avantage de plusieurs façons :

  • Réduire les risques environnementaux, juridiques ou d’approvisionnement en identifiant des points critiques ;
  • Orienter, coordonner et crédibiliser ses efforts en matière de développement durable ;
  • En rendre compte de façon chiffrée et rigoureuse à ses parties prenantes (actionnaires, autorités, clients, grand public…) et éviter certaines pratiques contestables comme le greenwaashing :
  • Intégrer l’éco-conception pour accélérer la transformation industrielle ;
  • Créer de la valeur grâce à la réduction des coûts (consommation d’énergie, par exemple), la différenciation « green » des produits et du positionnement, et l’amélioration de l’image de marque ;
  • Créer de nouvelles activités ou de nouveaux modèles d’affaires en explorant les possibilités de l’économie circulaire au sein de la chaîne de valeur.

A quelles évolutions peut-on s’attendre ?

Mature et de plus en plus utilisée, l’ACV est aussi de plus en plus demandée. Dans le cadre de leurs politiques d’achats responsables, de grands donneurs d’ordre l’exigent de leurs fournisseurs.

Sans devenir à proprement parler obligatoire, elle peut aussi servir de base à des réglementations environnementales plus contraignantes, et à des systèmes de labellisation et de notation synthétiques. C’est par exemple le cas d’Eco-Score, qui s’appuie sur l’ACV pour évaluer, sur une échelle de A à E, l’impact des produits alimentaires sur l’environnement.

A l’avenir, la méthode pourrait elle-même évoluer en différenciant les impacts selon la localisation géographique, afin d’être plus précis. Ou même en incluant les limites planétaires, ce qui permettrait d’évaluer la gravité des impacts mesurés. Mais on peut aussi compléter l’ACV avec d’autres outils, tels que des indicateurs de circularité ou de criticité des ressources. Ou bien élargir l’ACV à l’analyse d’impact sur le facteur social.

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