Le chemin le plus direct vers le développement durable est circulaire

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La succession de crises (sanitaires, environnementales et industrielles) témoignent d’un monde qui consomme beaucoup et rapidement. La souveraineté de la ressource représente donc un enjeu majeur pour maintenir la continuité opérationnelle des entreprises tout en permettant d’atteindre leurs ambitions de développement durable. L’adoption de modèles d’affaire autour de l’économie circulaire devient un levier de transformation essentiel pour répondre aux besoins des consommateurs, des organisations et des industries/filières.

Par Clément Chenut, Managing Consultant & Expert Economie Circulaire, Capgemini Invent

L’économie circulaire est un nouveau modèle en opposition à notre modèle actuel, connu sous le nom « d’économie linéaire », qui est trop consommateur en ressources naturelles et en énergie, et produit des déchets en grande quantité tout au long du cycle de vie. Cela consiste à diminuer significativement l’empreinte matières des entreprises, des produits et de leurs utilisateurs au travers de 3 leviers :

  • Réduire la demande en énergie et en matières premières dans l’approvisionnement, la conception et l’usage des produits
  • Réutiliser les produits en maximisant leur utilisation grâce à des services favorisant le réemploi (ex : économie de la fonctionnalité) et le rallongement de la durée de vie des produits (ex : réparation, rénovation, seconde main)
  • Recycler les produits, composants et matières pour les réinjecter dans l’économie et limiter ainsi le gaspillage et la génération de déchets

Aujourd’hui, environ 9% de l’économie mondiale est circulaire. Un chiffre relativement bas lorsqu’on sait que 100 milliards de tonnes de matières sont extraites chaque année (1).

Les facteurs qui poussent les entreprises à suivre le modèle de l’économie circulaire

Chaque entreprise, secteur et filière a des besoins et des possibilités d’agir différents. Cependant les conditions actuelles impliquent une action immédiate de leur part.

D’abord, les entreprises ont la responsabilité de transformer leurs modes de production et modalités d’usage de leurs produits afin de répondre à une demande des consommateurs. Par ailleurs, la compétition s’intensifie : les secteurs, les concurrents historiques et de nouveaux acteurs ont déjà entrepris des démarches d’économie circulaire. Il convient donc de ne pas repenser ses activités sur l’ensemble de la chaine de valeur car c’est risquer de perdre des parts de marché.

S’ajoute à cela la question de l’épuisement des ressources, une réalité qui empêchera les entreprises de mener leurs opérations à moyen ou long terme. Cela soulève donc des enjeux majeurs de souveraineté. D’autre part, même si le cadre légal se renforcent, il faudrait une accélération pour encourager les organisations à changer au travers de restrictions et de financements. Par exemple, la loi AGEC parue en France en 2020 vise à mettre un terme à la mise sur le marché des emballages en plastique à usage unique d’ici 2040. Bien qu’une première impulsion soit lancée au niveau des biens de consommation aujourd’hui, c’est autour des acteurs industriels que se situe le véritable effet d’échelle.

In fine, l’économie circulaire demande un changement d’état d’esprit autour de la notion de valeur ajoutée, qui prend un sens nouveau avec le déploiement de modèles économiques alternatifs autour des services.

Qu’attend-on des organisations à ce sujet ?

Les entreprises peuvent se positionner à l’égard de cinq points principaux. Premièrement, nous attendons qu’elles encouragent le changement vers des modes de consommation responsables en proposant des alternatives non-contraignantes pour les utilisateurs en termes de coût, de qualité, d’accessibilité, et de commodité d’usage.

L’attente repose également dans le besoin de repenser l’environnement business grâce à la réindustrialisation, la symbiose industrielle, et la création d’écosystèmes d’innovation ouverts. Les entreprises doivent changer leurs façons de faire que ce soit au niveau de leur gouvernance, de leur culture, ou encore de renforcement du rôle de design des produits dans la stratégie de l’entreprise.

Elles doivent également investir en leurs talents en embarquant les collaborateurs dans cette formation citoyenne par des programmes de formations et d’acculturation appropriés. De plus, le développement des capacités technologiques et d’infrastructures permettrait la mise en place de nouveaux business models circulaires à l’échelle.

Quels sont les champs d’actions et exemples d’initiatives en économie circulaire ?

  • L’approvisionnement durable tant dans l’exploitation des terres, que du choix des matières
  • L’éco-conception incluant toutes les implications sur le cycle de vie du produit dans un logique d’amélioration de la réparabilité et de la recyclabilité
  • Le product-as-a-service tel que l’économie de la fonctionnalité, la location, ou le leasing
  • L’allongement de la durée de vie par la réparation, la rénovation ou le réusinage
  • Le recyclage et la revalorisation des déchets

Quelques initiatives sectorielles emblématiques déjà mises en place par de grandes entreprises :

  • Dans l’automobile, les concessionnaires deviennent des fournisseurs de services de mobilité
  • Dans le retail, des grandes marques mettent en place des projets d’agriculture régénératrices pour garantir une meilleure fertilité des sols tant pour les pâturages (primordiale dans l’approvisionnement en cuir par exemple) que pour les terres de culture
  • Dans le secteur des technologies et des services, par la mise à disposition de pièces détachées pour que les consommateurs puissent réparer leur(s) produit(s) eux-mêmes

Peut-on être optimiste ?

Oui, nous pouvons l’être car l’économie circulaire stimule la création de nouveaux business models qui délivrent des bénéfices allant bien au-delà des bienfaits environnementaux. En effet, son potentiel en termes de revenus est estimé à 10 milliards de dollars en 2030 (soit une croissance de 0,5 % du PIB mondial), et de création de 700 000 emplois en Europe d’ici 2030 (2).

Nous entrons dans une phase d’accélération. Les technologies sont devenues suffisamment matures pour permettre d’atteindre des résultats rapidement et à l’échelle en optimisant la performance des produits (ex : modularité, traçabilité, connectivité), des opérations (ex : automatisation des processus/robotique, maintenance préventive, assistance à distance) et des systèmes (ex : virtualisation, modélisation, gestion des flux et assets). Pour ce faire, il convient d’accélérer la création de nouveaux modèles économiques axés sur les services et de nouvelles chaînes de valeur intelligentes reposant sur les données.

Pour en savoir plus, nous vous invitons à lire l’étude Capgemini Research Institute « Economie circulaire : Comment les organisations peuvent favoriser les consommateurs à passer à une économie circulaire » 2021.

 

(1)  2019 Circularity Gap Report reveals that the world is only 9% circular and the trend is negative

(2) « Circular Economy Action plan » de la Commission Européenne

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