La conception responsable, une voie d’avenir pour les services numériques

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Représentant 4% des émissions mondiales de CO2, en croissance de 9% par an, le numérique est de plus en plus en plus pointé du doigt pour son impact sur l’environnement.

Jusqu’à présent, il est vrai que cette dimension n’a guère été prise en compte dans les projets IT, ce qui a favorisé la multiplication de systèmes mal dimensionnés, d’applications énergivores, et de pratiques négligentes. La marge d’optimisation est donc considérable, à condition d’adopter une approche d’écoconception, afin de concilier la limitation de l’empreinte environnementale avec les objectifs économiques, fonctionnels, d’expérience ou encore d’accessibilité de la solution.

Pour les entreprises et leurs prestataires IT, s’engager dès maintenant dans la voie d’une informatique plus sobre est sans conteste une opportunité. C’est un moyen efficace de mettre leurs actes en accord avec leur discours RSE et de lutter activement contre le dérèglement climatique et les atteintes à la biodiversité ; c’est aussi un signal fort adressé à leurs collaborateurs et à leurs clients ; enfin, c’est sans doute une façon d’anticiper de futurs durcissements de la réglementation et de développer sans attendre les compétences et les approches nécessaires.

La difficulté est qu’il n’existe pour l’heure aucun référentiel exhaustif et structuré des pratiques de conception responsable de services numériques sur lequel les équipes projet et les programmes de formation pourraient s’appuyer. Pour pallier ce manque, l’Institut du numérique responsable (INR) a mobilisé une soixantaine de volontaires pendant un an afin de construire un tel outil – le référentiel GR491. Dans sa version pilote, celui-ci regroupe quelque 500 bonnes pratiques susceptibles de s’appliquer à toutes les phases du cycle de vie d’un projet (conception, développement, intégration, exploitation…), que ce soit mené en mode classique ou agile. Avant de publier ce référentiel, il était toutefois indispensable de le tester sur le terrain, dans le cadre de véritables projets. Trois projets de nature différente, réalisés par les équipes de Capgemini, ont été retenus pour cette expérimentation, qui s’est révélée particulièrement enrichissante.

L’importance d’aborder le sujet dès le cadrage

En vue de refondre le portail web d’un organisme du secteur public, le référentiel a pu être confronté à la phase de cadrage du projet. Il s’agissait notamment d’aller à la rencontre des équipes internes et des utilisateurs finaux pour comprendre leurs besoins et les nouveaux enjeux à adresser, afin d’élaborer une vision assez nette de la plateforme cible. L’équipe a retenu des recommandations sur la gouvernance (prise en compte du niveau de maturité des équipes sur le numérique responsable, nomination d’un référent, mise en place d’indicateurs spécifiques…), la spécification des services (les prioriser en appliquant une démarche d’amélioration continue, utiliser les principes de frugalité sur les contenus et leur mode de présentation…), l’impact sur le développement (faire évoluer la démarche, les rituels, les outils d’audit technique…) ou encore la stratégie de communication. « Lors du cadrage, on définit ce qu’il faudra faire mais aussi comment on s’assurera que ce sera bien fait, ce qui est capital en matière de conception responsable », souligne Corinne Leulier, Directrice Design chez Capgemini Invent. L’expérimentation a aussi montré que le référentiel fournissait non seulement un cadre à l’équipe projet, mais également des arguments pour convaincre le client et l’embarquer très tôt dans la démarche. « Ce qui a été très rassurant pour tout le monde, c’est que l’éco-conception ne nécessite pas de ressources supplémentaires et s’inscrit très bien dans nos pratiques », analyse Hilda Gameiro, Directrice de clientèle chez Capgemini Invent.

Les bénéfices pour un projet de refonte

Un acteur du segment énergétique a confié à Capgemini la refonte de l’une de ses applications internes, utilisée par plus de 30 mille salariés. Pour l’INR, ce projet constituait un terrain d’expérimentation très intéressant car le référentiel y serait confronté à un existant. Après avoir pris connaissance de GR491, l’équipe projet a progressivement affiné sa sélection de bonnes pratiques pour ne retenir que les six plus pertinentes à ses yeux. « Nous nous sommes rendus compte à quel point le champ du numérique responsable était vaste, mais il nous a paru plus efficace de nous focaliser sur les pratiques les plus adaptées à notre projet », raconte Georges Cioaba, Directeur de projet chez Capgemini. Ce choix a facilité l’adoption des bonnes pratiques retenues et leur mise en œuvre rigoureuse, ce qui a débouché sur des résultats spectaculaires. En limitant notamment l’appel d’éléments superflus et en optimisant les images, le poids moyen des pages a pu être réduit de moitié sans altérer l’expérience utilisateur. Au contraire même, puisque le bénéfice pour l’environnement s’est doublé d’un gain significatif de performances. « On s’aperçoit qu’un tout petit geste, sans conséquence sur la productivité, peut avoir un impact énorme, et même engendrer toute une dynamique, car ces résultats renforcent l’adhésion du client et des équipes », observe Georges Cioaba.

L’étape clé de l’intégration

Indispensable maillon entre le développement et les opérations, l’intégration applicative joue elle aussi un rôle déterminant dans le déploiement de services numériques plus sobres. C’est pourquoi il était intéressant de s’assurer dans le cadre du projet de mise en production pour une deuxième entreprise du secteur énergétique – que le référentiel GR491 ne laisse pas ce sujet de côté. L’équipe projet a plus particulièrement retenu des pratiques qui lui apporteraient des informations quantitatives. « En matière de numérique responsable, on manque souvent d’éléments de mesure. Or, c’est impératif si l’on veut inscrire les progrès dans la durée, notamment à cause du risque d’effet rebond », note Maël Husson, Consultant infrastructure chez Capgemini. Grâce notamment à l’automatisation (scripts pour identifier des doublons, signaler des services inactifs ou des ressources inutilisées…), les pratiques responsables complètent les tâches quotidiennes sans les alourdir, et permettent d’estimer des gains potentiels. Toujours guidée par GR491, l’équipe a aussi instauré des points de communication réguliers afin de pérenniser la démarche. « Aujourd’hui, le client et l’équipe partagent la volonté de mettre en œuvre de nouvelles pratiques responsables qui, d’ailleurs, rejoignent souvent les objectifs d’efficacité opérationnelle », conclut Maël Husson.

Au terme de cette expérimentation, les trois équipes concernées envisagent de continuer à utiliser le référentiel GR491 dont les pratiques se sont naturellement fondues dans leur quotidien. Tout en louant sa pertinence, elles ont néanmoins proposé des pistes – très appréciées de l’INR – pour le rendre plus ergonomique, plus simple et plus immédiat à utiliser. Enfin, elles ont unanimement constaté la forte adhésion des collaborateurs, qui sont pour la plupart ravis de donner, à travers une approche éco-responsable, davantage de sens à leur métier.

Pour l’INR, le bilan apparaît extrêmement positif car il confirme non seulement l’adéquation du référentiel à la réalité du terrain, mais il montre aussi qu’il n’est pas nécessaire d’être déjà familier du numérique responsable pour l’adopter. « Même si le référentiel a été construit par des professionnels aguerris, tant que la solution n’avait pas été confrontée à la réalité opérationnelle, il était difficile de l’évaluer. La démarche itérative déployée par les équipes a de ce point de vue été très efficace pour que l’impact sur la production soit réduit au minimum », confirme Denis Didier, Manager chez l’INR. Efficace, pratique et facile à diffuser, GR491 se profile donc, pour toutes les entreprises, comme un socle de référence utile pour concevoir des services numériques éco-responsables.

Ecrit avec les témoignages de :

Corinne Leulier, Directrice Design chez Capgemini Invent

Hilda Gameiro, Directrice de clientèle chez Capgemini Invent

Maël Husson, Consultant infrastructure chez Capgemini

Georges Cioaba, Directeur de projet chez Capgemini

 

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