Vers un self data de l’éducation, pour des élèves maitres de leurs parcours

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Ces dernières années, le numérique a transformé notre économie et notre société faisant émerger deux tendances a priori orthogonales : d’une part, plus d’ouverture et de partage des données personnelles au service de l’innovation et de la croissance ; d’autre part, une volonté croissante des individus de maitriser ainsi que de contrôler leurs données.

Dans ce paysage contrasté, le concept de self data(1) se présente comme un juste milieu, favorisant une circulation fructueuse des données personnelles, dans un cadre éthique impliquant des individus qui reprennent le pouvoir sur les données qui les concerne et à leurs propres fins.

Le secteur de l’éducation est un terrain propice à l’essor du self data. Avec 12,8 millions d’élèves/apprentis et 1,1 million de personnels, l’utilisation quotidienne et massive des technologies de l’information et de la communication a des incidences fortes sur les usages numériques dans le cadre scolaire, de la maternelle à l’université.

Maîtriser ses données éducatives

Aujourd’hui, l’apprentissage et le numérique vont de pair et sont devenus incontournables aussi bien pour les enseignants, les parents, les élèves que pour toute la communauté éducative. Ce constat ne va qu’en s’amplifiant depuis le début de la crise sanitaire, l’école à la maison ayant conduit à un usage massif et quasi systématique du numérique éducatif, faisant de l’éducation un enjeu particulièrement stratégique.

Au vu de ce constat, quelques acteurs privés s’engouffrent dans la brèche et proposent des services éducatifs grand public, parfois gratuits ou sous forme de produits d’appel, pour collecter des données et les utiliser à d’autres fins que pédagogiques ou administratives(2). Bien qu’omniprésents dans l’écosystème, ces modèles traditionnels d’exploitation massive de la donnée perdent de la vitesse pour laisser place à des modèles plus vertueux et respectueux des droits des individus.

Le self data fait émerger un modèle de circulation des données personnelles alternatif au modèle actuel, ne reposant ni sur la monétisation des données ni sur la publicité ciblée. Il prend tout son sens dans le secteur de l’éducation où la question de la place de l’individu et de la protection de ses données a toujours été centrale.

Dans son étude de décembre 2020 copubliée avec la Banque des Territoires, Capgemini Invent dresse un état des lieux de l’écosystème du self data et souligne que le cadre réglementaire, par la voie du RGPD et du droit à la portabilité (article 20, en vigueur depuis le 25 mai 2018), vient appuyer ce mouvement en augmentant significativement les droits individuels et en renforçant le principe d’autodétermination informationnelle(3).

Ce concept fait émerger l’idée d’un cloud souverain pour l’éducation, c’est-à-dire un espace où l’individu serait en mesure de stocker et de faire circuler lui-même ses données (compétences, expériences professionnelles, diplômes, formations, centres d’intérêts…) aux acteurs de l’emploi, de l’éducation et de l’inclusion de son choix. L’idée d’un hébergement des données éducatives sur le territoire national est séduisante et permettrait de développer un avantage concurrentiel par rapport à certains acteurs étrangers et en particulier aux GAFAM ; l’architecture reste néanmoins à mettre en place.

Capitaliser sur la multiplication des initiatives

Au cours des dernières années, les initiatives se sont multipliées, en lien avec les collectivités territoriales, pour favoriser la maîtrise des données personnelles éducatives :

  • dès 2018, dans le cadre de sa démarche « MesInfos », la FING a cartographié les données illustrant le potentiel du self data dans le secteur de l’éducation. Parmi elles, figurent les données relatives à l’orientation, aux résultats scolaires, aux activités périscolaires, à l’identité des enfants et de leurs parents, aux transports scolaires, aux affectations ou encore au suivi par des assistants de vie scolaire ;
  • la région académique de Bretagne a pour ambition de fournir aux élèves et enseignants un espace numérique strictement personnel connecté à l’environnement numérique de travail (ENT) « Toutatice ». Il serait compatible avec tout type de terminal et permettrait de récupérer les contenus dispersés dans des applications et de stocker les productions. Ainsi, les élèves et enseignants pourront accéder à leurs informations année après année, assurer la continuité de leurs activités et confectionner leur propre portefeuille de données.

Les enjeux de protection des données à caractère personnel ont également donné lieu à des initiatives gouvernementales et européennes :

  • en février 2018, un rapport intitulé « données numériques à caractère personnel au sein de l’éducation nationale » était remis au ministre de l’éducation. Il propose une lecture de l’impact du RGPD sur les données personnelles détenues dans les systèmes d’informations de l’éducation nationale. Les enjeux stratégiques du numérique y sont abordés comme la sécurité des données, la transparence des algorithmes et, celui qui nous intéresse ici, le droit à la portabilité ;
  • en février 2020, la Commission Européenne a présenté une stratégie européenne pour les données qui traduit une véritable volonté européenne pour l’échange – et la valorisation – de données « souveraines » (c’est-à-dire qui garantissent la capacité des propriétaires de données à en disposer pleinement). De même, le plan d’action pour l’éducation numérique (Digital Education Action Plan – 2021-2027) est une initiative politique renouvelée de l’Union européenne visant à soutenir l’adaptation durable et efficace des systèmes d’éducation et de formation des États membres de l’UE à l’ère numérique.

Saisir les opportunités pour passer à l’échelle

Ces initiatives illustrent les nombreuses potentialités que présente l’application du self data aux données éducatives, notamment :

  • la simplification des démarches de scolarité (par exemple, pré-complétion des informations) ;
  • une portabilité accrue de ses données (à l’occasion du changement d’académie d’un élève, de passerelles entre les enseignements publics-privés ou encore pour une reprise des études après un arrêt plus ou moins long) ;
  • la personnalisation des enseignements, en consolidant et exploitant les traces d’apprentissage grâce à l’analyse des résultats scolaires sur le long-terme.
  • un meilleur accompagnement de la part des professeurs grâce à des outils de pilotage plus pertinents et une meilleure gestion des systèmes éducatifs via une meilleure analyse des besoins et une proposition de services plus ciblée.

La première étape pour appliquer le self data au secteur éducatif serait la mise en place, pour chaque élève, d’un coffre-fort de données éducatives fédérant les savoir-faire des principaux acteurs :

  • le ministère de l’éducation (direction du numérique pour l’éducation) en tant que porteur de la politique du numérique éducatif et en s’adossant aux projets en cours (compte unique EduConnect, Data hub de l’éducation, portail de démarches administratives Scolarité Services) ;
  • les grands opérateurs de l’Etat, en particulier le CNED (formation à distance) et Canopé (éditeur de ressources pédagogiques), en tant que fournisseurs de ressources éducatives ;
  • la Caisse des dépôts (Banque des Territoires) pour sa capacité à fédérer les collectivités territoriales et à financer des expérimentations innovantes ;
  • l’écosystème des start-ups de la EdTech qui s’engagerait sur un socle commun de protection et mise à disposition des données.

L’accélération des réflexions entamées autour du self data ainsi que le lancement d’initiatives concrètes, telles qu’un coffre-fort de données éducatives, sont une formidable opportunité d’offrir une meilleure continuité et personnalisation des parcours éducatifs des élèves tout en démontrant le leadership français en matière de souveraineté des données personnelles.

Pour en savoir plus :

Article réalisé par la communauté Education de Capgemini Invent, avec des remerciements particuliers adressés à Isabelle BUDOR, Riddhima CANNAPPANE et Léa GIROULET

 

Sources :
(1) Défini par D. Kaplan comme « la production, l’exploitation et le partage de données personnelles par les individus, sous leur contrôle et à leurs propres fins » (Fondation Internet Nouvelle Génération – FING)
(2) « Données numériques à caractère personnel au sein de l’éducation nationale », rapport IGEN-IGAENR n° 2018-016, février 2018
(3) « Données personnelles : le modèle d’après – État des lieux de l’écosystème du self data », Banque des Territoires, 15 décembre 2020

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