La rénovation énergétique des bâtiments, pourquoi on y croit en 2021

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L’urgence climatique et le plan de relance français placent la rénovation énergétique comme priorité en 2021. Il s’agit d’accélérer massivement le rythme et l’ampleur de la rénovation des bâtiments pour réduire notre consommation d’énergie et lutter contre la précarité énergétique

Comment faire pour réduire l’empreinte carbone du secteur du bâtiment, qui est le 2e contributeur de gaz à effet de serre en France selon l’ADEME ? (23% des émissions) Comment agir pour rénover les 7 millions de logements mal isolés qui font que 14% des Français souffrent du froid ? et réduire la consommation d’énergie de 490 TWh en 2015 à 293 TWh en 2050 ?

Par rénovation énergétique on entend un large spectre d’opérations telles qu’isolation des combles, changement de fenêtres, mise en place de système de récupération de chaleur, remplacement d’anciennes installations / luminaires…Chacune de ces opérations représente quelques MWh évité et nous sommes donc face à un marché très diffus.

Selon le Haut Conseil pour le Climat, le rythme et le degré de rénovation sont largement insuffisants surtout pour le résidentiel : de 60-70 000 rénovations effectuées entre 2012 et 2016, il faudrait atteindre 700 000 par an à 2030. Le financement public pourtant est présent avec de nombreuses aides (MaPrimeRenov, chèque énergie, certificat d’économie d’énergie…De nombreux freins demeurent : réglementation peu contraignante, contrôle insuffisant sur la qualité des travaux, manque d’accompagnement des usagers dans leurs démarches, manque de visibilité des usagers sur la rentabilité des opérations…

Cependant, un faisceau de signaux favorables annonce que l’on est face à une accélération du rythme des rénovations énergétiques

  • En septembre 2020, le gouvernement a accordé 6,7 Mrds € dans le cadre du plan de relance pour la rénovation, ce qui vient s’ajouter au plan de 14 Mrds € déjà engagé pour 2018-2022
  • Le cadre réglementaire du bâtiment évolue rapidement avec un renforcement du contrôle (évolution du diagnostic performance énergétique, décret tertiaire obligeant de faire un audit énergétique suivi d’un plan d’action), création de labels spécifiques, évolution de la RE 2020 (tout nouveau bâtiment neuf doit être à énergie positive)
  • Dans un contexte de hausse des prix de l’énergie, la maitrise de la facture énergétique à la fois pour les grandes entreprises et les particuliers devient un objectif important, et est facilité d’autant plus que l’état met à disposition de nombreux leviers de financement
  • De plus en plus d’acteurs – privés et publics – s’engagent dans une politique RSE ambitieuse, avec une roadmap neutralité carbone et un objectif d’approvisionnement 100% renouvelable (Saint Gobain, Capgemini, Danone, Schneider Electric…). Les collectivités publiques ont de plus en plus le souci d’afficher leur exemplarité face aux citoyens demandeurs d’engagement

L’approche centrée client, facteur de succès

La complexité du marché de la rénovation énergétique tient à l’hétérogénéité des clients d’une part (propriétaires, locataires, bailleurs sociaux, PME, industriel…) qui ont chacun leur enjeu propre (Figure 1) et à l’atomisation des offres sur le marché, avec des prestataires qui sont à la croisée du monde énergétique et immobilier.

Figure 1 : Enjeux principaux de la rénovation énergétique par type de client (Source : Analyse Capgemini)

Les acteurs de la rénovation cherchent donc aujourd’hui à adresser le sujet via des prestations de bout en bout (diagnostic, conseil, réalisation des travaux et contrôle). Cela est rendu possible par des partenariats entre acteurs, cassant les silos qui pouvaient exister dans le passé. Le succès d’une telle approche repose sur plusieurs facteurs clés de succès :

  • La rapidité de traitement des dossiers afin de massifier les opérations (par exemple, automatisation des diagnostics), avec la possibilité de réaliser du suivi, de croiser avec d’autres offres, voire des opérations à distance,
  • La mise en relation les clients avec des entreprises réputées et qualité des opérations, qui sont non seulement accréditées (RGE, Cofrac…) mais aussi recommandés par des pairs
  • Une synergie et un partage des informations avec plusieurs acteurs via des plateformes de travail collaborative,
  • Un accompagnement de bout en bout individualisé dans la démarche de rénovation.

Cette posture d’accompagnement des consommateurs fait la réussite d’acteurs tel qu’Effy, QuelleEnergie ou encore du réseau FAIRE (plateforme lancée par l’Etat).

De plus en plus de solutions digitales sont accessibles, notamment pour les clients particuliers, PME et collectivités

Figure 2 : panorama des cas d’usage permis par le digital pour la rénovation énergétique (Analyse Capgemini)

Le digital a jusqu’à présent été vu comme réservé à des grands comptes ou des industriels dans le cadre de contrats de performance énergétiques ou mise en conformité avec la norme ISO 50001. Ce sont souvent des solutions de reporting agrégé qui peuvent aller jusqu’à l’optimisation de certains processus manufacturiers. C’est le marché des acteurs bien implantés tels que Vinci Energies, Bouygues Energy & Services, Dalkia, Engie Solutions, Schneider Electric, Greenflex…et de quelques startups qui ont tiré leur épingle sur des applications ciblées (Metron, DCBrain, Energisme…). La valeur additionnelle viendra demain de la capacité à valoriser sur le réseau et d’adapter les usages industriels plus finement que l’effacement qui consiste aujourd’hui à faire « Marche / Arrêt ».

Nous assistons aujourd’hui à une 2e vague de solutions plus « low-tech », visant directement les particuliers, les PME et collectivités locales dans un but à la fois d’accompagner le processus de décision et d’industrialiser la prestation. Parmi les outils on trouve ainsi des applications de coaching (MonCoachRenov, SuiviEnergies), des formations en ligne et des plateformes de mise en relation (DOREMI).  Les solutions de gestion de l’énergie deviennent accessibles aux TPE/PME (Avob, Equinov, Citron, Helexia…). La maquette numérique (« BIM » ou Building Information Modeling) se simplifie pour visualiser la structure d’une maison et identifier les travaux. La data s’invite pour cibler le potentiel de rénovation en croisant factures énergétiques et données des bâtiments (NamR).

Les solutions sont donc de plus en plus accessibles et ont besoin maintenant d’être orchestrées par des acteurs en capacité d’offrir un accompagnement de bout en bout. C’est bien le sens dans lequel se dirige le marché avec les vagues de consolidations observées récemment (La Poste-Economies d’Energie, Bureau Veritas-Capital Energy, Engie-Certinergy, EnrCert-Abokine…). L’Etat doit maintenant stabiliser le cadre réglementaire et finaliser les décrets en cours. Il doit par ailleurs créer un cadre de financement évolutif, prenant en compte la diversité des clients et des opérations. Cela passera par un suivi fin du rythme des rénovations énergétiques avec une cartographie des typologies d’opérations et des spécificités géographiques.

Cette publication a été initialement éditée par Enerpresse, qui publie une tribune sur un sujet énergétique chaque premier jeudi du mois. Ce point de vue a été co-écrit par Marianne Boust, Directrice, Anne-Sophie Herbert, Senior Consultante, Mohamed Ait-Kaci, Consultant chez Capgemini Invent.

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