Plateformes MaaS, les startups de la mobilité veulent saisir l’opportunité, mais en sont-elles vraiment capables ?

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Quels sont les facteurs clés de succès et les challenges à relever pour intégrer les plateformes Mobility As A Service (MaaS) qui agrègent des services de mobilité, publics ou privés, pour offrir une expérience fluide et de bout en bout aux usagers.

Les startups de la mobilité en pleine croissance

En septembre 2019, les organisateurs de l’évènement Autonomy , salon international des solutions de mobilité durable, et Capgemini Invent ont lancé une étude auprès de 600 startups européennes pour mieux comprendre leur dynamique et perspectives dans ce secteur. Un des premiers éléments notables de l’étude est l’effervescence que connaissent les startups de la mobilité : 40% d’entre elles ont connu une croissance de 20% à 100% en 2018, et 20% d’entre elles ont même connu une croissance supérieure à 100% en 2019*.
Les levées de fonds des startups françaises de la mobilité attestent également de cette montée en puissance : les fonds levés sur le 1er semestre 2019 représentent 95% des fonds levés par les startups de la mobilité en 2018. En comparaison, les levées de fonds réalisées par le reste des startups de la French Tech atteignait en juillet 2019 80% du montant total levé en 2018. Et les startups interrogées confirment leur confiance dans l’avenir, les deux tiers d’entre elles déclarent avoir de bonnes ou très bonnes perspectives de croissance sur les prochaines années.

9 startups sur 10 voient le MaaS comme une opportunité

Mais de quoi leur avenir sera-t-il fait ? Notre étude montre notamment que 90% des startups répondantes, qu’elles soient opérateurs de mobilité ou intégrateurs, ont compris le potentiel de développement des plateformes MaaS : 85% sont ouvertes à l’idée de les intégrer. En effet, tout converge pour dire que le service de mobilité tel que nous le connaissons va être transformé par les plateformes « Mobility as a Service » qui sont en train de se développer.

Si la question de l’ouverture et du partage de la donnée est souvent une des problématiques dans la création de partenariats entre différents acteurs, 75% des startups ont répondu être prêtes à partager leurs données dans le cadre d’un accord ou en échange d’un service. Il s’agit d’un signe très encourageant pour l’intégration de startups à des initiatives MaaS.
Toutefois, les startups sont lucides et admettent que plusieurs enjeux sont clés pour assurer le développement de ces plateformes. Pour elles, les problématiques sont principalement liées la capacité à créer des interfaces fluides entre les acteurs d’une plateforme MaaS. Les deux facteurs clés de succès les plus mentionnés sont d’une part le niveau de confiance, de transparence entre les différents acteurs, et d’autre part l’interopérabilité.

Quels enseignements tirer des premières initiatives ?

Capgemini Invent a accompagné plusieurs projets de création de plateformes MaaS. Nous avons défini 4 niveaux d’intégration des différents acteurs pour offrir un service de bout-en-bout :
– Niveau 1 : géolocalisation des services de mobilité
– Niveau 2 : recherche d’itinéraire
– Niveau 3 : réservation des services de transport
– Niveau 4 : paiement des services de transport

Nous avons constaté que les niveaux 1 et 2 sont plus ou moins atteints par les startups engagées dans une démarche de création de plateforme MaaS. Mais il existe encore très peu de startups en mesure de s’intégrer à un service unifié de réservation, de paiement des moyens de transport et de gestion du service client. Les plateformes sont donc souvent bloquées au niveau 2, et lorsqu’elles atteignent le 3ème niveau, le système de réservation ne fonctionne généralement que pour un opérateur de service de mobilité à la fois. Une des principales raisons de ce blocage est que les startups n’ont pas développées les API nécessaires.

En effet, les startups de la mobilité sont focalisées sur l’augmentation du nombre de leurs clients ou de réservations dans une optique de levée de fonds, notamment pour celles fournissant des services de mobilité. Avec des ressources limitées et des trésoreries plus fragiles que celles de grands groupes, développer des API pour rejoindre des plateformes MaaS avec des niveaux d’intégration poussés représente un investissement qui les détourne de leur backlog. De plus, les startups peuvent être réticentes à un niveau d’intégration trop fort dans le cadre de partenariat avec de grands groupes, notamment celles positionnées sur une brique technologique. Elles craignent en effet de se faire voler leur technologie par des groupes aux moyens financiers beaucoup plus importants.
Par ailleurs, plusieurs initiatives MaaS sont lancées sur le marché par de grands groupes sous forme de Proof of Concept (PoC) ou Minimum Viable Product (MVP). Ces prototypes qui ne rémunèrent pas les startups représentent un moindre intérêt pour ces dernières, d’une part parce qu’ils sont proposés à un nombre limité d’usagers, afin de prouver la valeur de concept, et d’autre part parce que les perspectives de retour sur investissement sont incertaines.

Des accélérateurs impulsés par de nouveaux modèles et des secteurs plus matures pour contribuer à la dynamique de développement des startups dans le MaaS

Malgré ces difficultés, nous restons persuadés que les startups de la mobilité ont toute leur place dans la dynamique de développement des plateformes MaaS. Afin de faciliter la collaboration avec les startups, plusieurs pistes sont envisageables. La première est le développement d’appels à projet qui permettraient de rémunérer les startups pour leur investissement. Toutefois, il faut garder à l’esprit que ce genre de démarche permet aux porteurs de POC ou MVP d’observer et de mieux comprendre le comportement des usagers face à un accès facilité à différentes offres de transport : quels sont les déports ? les moyens préférés en fonction des situations ? Ces observations pourront leur permettre de mieux valoriser les différents services et d’affiner leur modèle économique, dont la définition reste encore un fort enjeu aujourd’hui.

Une seconde piste est d’imposer des modèles d’API afin de faciliter l’exploitation des données partagées dans une logique OpenData. C’est l’objectif de la plateforme « Mobility Data Specification » que promeut l’Open Mobility Foundation, créée à l’initiative du service des transports de la ville de Los Angeles. Cette plateforme facilite la gestion des véhicules en libre services en créant des communications normalisées pour un partage de données simplifiées entre les villes et les entreprises. Aujourd’hui, c’est plus d’une soixantaine de villes aux Etats-Unis et dans le monde qui utilisent cette solution pour gérer les services du micro-mobilité.
Les startups ont bien conscience de l’intérêt pour elles d’intégrer des plateformes MaaS, néanmoins leur niveau de maturité est souvent insuffisant pour transformer cette opportunité en réalité. C’est pourquoi on constate, dans les premières initiatives MaaS, que les premières startups à prendre le train du MaaS sont les startups de l’automobile telles que le covoiturage et les VTC. Elles se sont historiquement développées plus tôt, et atteindront le niveau de maturité nécessaire plus rapidement afin de pouvoir bénéficier pleinement des opportunités offertes par le MaaS.

*Sources :
Enquête Autonomy & Capgemini, Octobre 2019
Maddyness & Crunchbase (données sur les levées de fonds)
https://www.openmobilityfoundation.org/

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