L’intelligence artificielle au service du gouvernement et du citoyen : potentiels et enjeux

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Le rapport Villani publié en mars 2018 a jeté les bases de la stratégie nationale de la France en matière d’intelligence artificielle : « Plus que jamais, l’État doit donner un sens au développement de l’intelligence artificielle, (…) il doit être un puissant moteur de ces transformations. La puissance publique doit se donner les moyens matériels et humains d’intégrer l’IA à la conduite de ses politiques publiques, à la fois dans une perspective de modernisation et par souci d’exemplarité. (1) ».

Par Sébastien Guibert, Directeur du Centre d’Excellence de l’Intelligence Artificielle et Pierre-Adrien Hanania, Directeur de l’offre Perform AI dédiée au Secteur Public

Cette volonté va de pair avec l’idéal porté lors de l’événement AI for Humanity : maîtriser l’IA est pour le secteur public à la fois une opportunité et un devoir politico-sociétal. Une opportunité car le potentiel de cette technologie promet une ample modernisation des services aux citoyens. Un devoir aussi, car il y a dans l’approche de l’IA, ce « digital twin » mimant les capacités cognitives humaines, une quête politique qui repense l’action de l’État et la place de la technologie dans notre vie de citoyens.

Quel est potentiel pour l’IA dans le secteur public ?

L’administration publique rencontre de nombreux challenges aujourd’hui : la bureaucratie et son coût, le temps restreint pour traiter les cas les plus complexes, la difficulté à répondre aux exigences accrues de citoyens plus demandeur en termes d’individualisation des services. etc. Dans ce contexte, l’IA apparait comme une solution performante, et quatre domaines transverses se dégagent pour son application dans tous les types d’institutions publiques :

  • L’automatisation intelligente de processus administratifs : en éliminant les silos et en traitant un cas de l’ouverture d’un dossier jusqu’à son aboutissement, infuser de l’IA dans tous processus automatisables permet d’accroître l’efficacité de son traitement.
  • L’interaction avec le citoyen et l’agent public : du chatbot basique à l’agent virtuel, l’IA promet une interaction intelligente avec le citoyen au sujet de services publics qui lui sont délivrés, ses droits et devoirs. L’IA sert là de premier contact, soulageant l’agent public des cas les plus faciles à traiter et permettant une disponibilité continue avec un taux de satisfaction plus élevé.
  • La détection d’anomalies : qu’il s’agisse de combattre la fraude fiscale, d’identifier en temps réel un danger à l’aéroport ou de détecter les erreurs de statistiques au sein d’un code, les services publics peuvent augmenter leurs sens dans l’approche d’un danger ou d’autres incidents avec une attention et une efficacité clinique.
  • L’aide à la décision : au-delà de la simple identification, l’IA permet aussi de livrer aux services publics les armes pour prédire une évolution ou un fait quelconque. Parallèlement, et notamment en s’appuyant sur l’entier « know-how » disponible et qu’il est impossible pour l’humain de maîtriser, l’IA peut suggérer une action à l’agent public.

Toutes ces applications potentielles ont la même vocation : aider l’humain dans sa tâche publique et l’assister à l’aide du vivier de données servant d’appui à la technologie, sans jamais lui dérober son pouvoir décisionnaire. En effet, l’IA augmente l’agent de l’État, mais ne le remplace pas.

Au-delà de cette relation complémentaire avec l’humain, l’utilisation de l’IA dans le secteur public est aussi synonyme d’un potentiel entièrement exploité des données. En appliquant l’IA, l’organisation publique devient pleinement data-driven, maître d’un usage intelligent de la data et en phase avec une société connectée.

De nombreux exemples déjà florissants en France

Loin d’avoir été muets vis-à-vis de l’avancée technologique de nombreux acteurs du secteur public en France ont d’ores et déjà entamées leur mue vers l’IA. En juillet, ce ne sont pas moins de 15 projets qui ont été mis en avant par la DINSIC et la DITP, financés « à hauteur de 4M€ dans le cadre du programme d’investissement d’avenir » (2) et ayant pour ligne de mire un prototype à expérimenter auprès de l’utilisateur. Parmi les 15 projets, l’on retrouve la facilitation d’accès aux informations sur le patient pour le centre hospitalier universitaire de Bordeaux, l’identification de fausses déclarations en douane pour la direction générale des douanes, ou encore l’identification de divergences de jurisprudence pour la Cour de cassation.

Vers un écosystème viable et industrialisé

Alors que l’intérêt est désormais formalisé et nourri de premiers projets phares lancés, l’infusion de l’IA dans le secteur public n’a plus à prouver sa raison d’être. Il s’agit toutefois désormais de dépasser le stade des « proofs of concepts » et de franchir le cap de l’industrialisation des promesses murmurées à l’oreille du citoyen.

Pour ce faire, il sera nécessaire d’entamer une discussion axée sur la pratique de l’IA au carrefour du citoyen, du gouvernement et de la technologie, notamment sur la gouvernance de la donnée : les projets IA ont besoin d’une gestion de la donnée, de son accès, contrôle et agencement. Cela commence, dans le secteur public, avec de l’Open Data et une attention accrue à la politique de digestion de la donnée au sein de modèles de plateformes propices à l’IA.

L’IA a besoin de « digital testfields » : pour mûrir, les projets autour de l’intelligence artificielle nécessiteront une aire d’expérimentation, comme le bel exemple de la connexion entre les routes reliant Metz, Thionville, Schengen, Merzig et Sarrebruck, sur lesquelles des véhicules autonomes font l’objet de tests « en grandeur nature ».

L’IA, du fait de sa disruptivité, doit être l’occasion de fédérer les acteurs autour des projets numériques. De l’industrie à la recherche en passant par le citoyen et le milieu universitaire, la technologie peut être le socle d’un nouveau contrat social digital, pratiquant l’inclusion et la collaboration.

Enfin, il est indispensable d’aborder la dimension européenne de l’IA : les défis internationaux appellent à une réponse européenne, et c’est à cette échelle que se réglera notamment la question de la culture de la donnée et de la souveraineté numérique dont les pays européens veulent se doter.

(1) https://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/cid136649/la-strategie-nationale-de-recherche-en-intelligence-artificielle.html

(2) https://www.numerique.gouv.fr/actualites/intelligence-artificielle-15-nouveaux-projets-vont-etre-experimentes-dans-les-administrations/

En savoir plus : L’intelligence artificielle un trésor pour le secteur public

Découvrez notre offre IA appliquée au Secteur Public : Perform AI for Public Sector

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