Pourquoi territoire intelligent et digital sont indissociables

Publish date:

Les territoires, qu’ils soient urbains, péri-urbains ou ruraux (ou parfois un assemblage des trois), orchestrent leur feuille de route dans des projets de territoire plus ou moins détaillés. Ce projet de territoire, véritable outil de communication du politique, a pour vocation de développer une vision, celle d’un territoire qui explique comment il va renforcer son […]

Les territoires, qu’ils soient urbains, péri-urbains ou ruraux (ou parfois un assemblage des trois), orchestrent leur feuille de route dans des projets de territoire plus ou moins détaillés. Ce projet de territoire, véritable outil de communication du politique, a pour vocation de développer une vision, celle d’un territoire qui explique comment il va renforcer son attractivité, réussir sa transition énergétique, ou améliorer le cadre de vie de ses habitants.

Un territoire attractif est un territoire porté vers le digital

Au-delà des infrastructures réseaux haut-débit qui forment la colonne vertébrale de tout territoire numérique, la mise en oeuvre d’usages numériques est un enjeu qui s’avère beaucoup plus complexe et long à mettre en oeuvre. Encore peu de territoires ont la maturité nécessaire pour inventer les modèles économiques sous-jacents à ces usages numériques. Pourtant c’est bien dans les usages que se trouve la proposition de valeur du digital. Enfermés dans des organisations souvent cloisonnées, les territoires peinent à prendre du recul et à se lancer dans une conduite du changement pour aller vers une approche plus globale et transversale. Un besoin d’accompagnement est souvent nécessaire pour identifier les opportunités, lever les freins organisationnels et construire les montages financiers.

Malgré tout, sur les enjeux thématiques que sont la mobilité, la transition énergétique, l’économie locale et les filières courtes, la silver économie, etc… le digital s’implante de plus en plus car il permet d’offrir plus de services aux habitants, apporte à la collectivité plus d’efficacité dans la gestion de ses services, et permet des économies significatives. Les marges de progression sont énormes. La modernisation de l’éclairage public est un thème représentatif : en modernisant les infrastructures et en adoptant la télégestion, la collectivité va dégager des économies importantes (jusqu’à 65% de réduction de la facture) qu’elle va pouvoir réinvestir dans son projet. Dans certaines villes, on peut déjà utiliser les transports en commun en payant et validant son titre de transport directement avec son smartphone. Demain avec la Mobility as a Service, on pourra se déplacer d’un point du territoire à un autre en multi-modal avec une transaction unique sans avoir à passer par un seul guichet. Autre exemple, en digitalisant la gestion des ordures ménagères, on peut non seulement permettre à la collectivité de mieux gérer son service, mais aussi d’encourager les habitants à réduire leurs déchets (tri, recyclage, compostage), et assurer un rôle pédagogique auprès des plus jeunes. En résumé, entrer dans un cercle vertueux.

La donnée, toujours et partout

Tout le monde le sait, les services numériques ont besoin de données, beaucoup de données pour fonctionner efficacement. Les territoires intelligents l’ont bien compris, et mettent en place leur propre plateforme de données.

C’est ce que j’appelle la phase 1 du territoire intelligent, une plateforme qui va jusqu’à modéliser le jumeau numérique du territoire, est capable de collecter la donnée en temps réel, et offre des outils d’analyse de ces données. Le patrimoine data d’un territoire est un véritable gisement de création de valeur, à condition cependant de décloisonner et d’ouvrir les services. On va pouvoir pousser les usages vers la prévision, la simulation et la prédiction. C’est ainsi par exemple qu’on va estimer le potentiel solaire du territoire, simuler un exercice d’aléa environnemental sur la population, mesurer les îlots de chaleur et l’impact d’un aménagement, ou prédire l’impact d’une politique transport sur les flux de véhicules et la qualité de l’air, en créant des modèles prédictifs qui prennent en compte de multiples sources de données internes et externes.

La phase 2 du territoire intelligent, c’est l’open innovation, c’est à dire la mise en oeuvre d’un programme de valorisation de la donnée accompagné par la collectivité. Celle-ci va mobiliser acteurs locaux et nationaux pour inventer de nouveaux services en favorisant le développement économique local (le data challenge OnDijon en est un exemple). L’open innovation a tiré les leçons du passé, et s’appuie sur un programme de marketing territorial associé aux démarches de créativité les plus innovantes, incarnées par l’incubateur numérique local, pour fonctionner.

Mais pour tirer de la donnée tous les bénéfices attendus et s’inscrire dans une évolution sociétale durable, des précautions doivent être prises. Les territoires apprennent au fil de l’eau et s’organisent lentement. Face au risque d’une remise en cause des usages de la donnée, un cadre doit être posé.

Inclusion des citoyens, confiance dans le numérique, des passages obligés

La première condition est d’associer les citoyens au projet, dans une démarche dite inclusive. C’est le choix de beaucoup de territoires qui mènent une politique participative. Ce principe va jusqu’à mettre en place des conférences de consultation des citoyens et organiser des ateliers collaboratifs, où les usages sont conçus par un panel représentatif du territoire afin d’obtenir un consensus.

Pour les plateformes de territoire, la cybersécurité est une préoccupation essentielle. On imagine bien l’impact que pourrait avoir une attaque sur le système d’information du poste de pilotage connecté d’une métropole. On fait ici appel au principe de « security by design » et on effectue des audits et tests de sécurité réguliers pour se prémunir contre le risque.

Le sujet des données personnelles est sensible. En Europe le RGPD fixe un cadre légal. Il appartient à la collectivité de recueillir les consentements pour l’usage de données personnelles et d’apporter la transparence dans les traitements effectués. Sommes-nous prêts à réduire nos libertés en faveur d’une sécurité plus efficace basée sur l’intelligence artificielle? Comment la collectivité garantit-elle que les données qu’elle collecte ne vont pas être utilisées ou revendues à d’autres fins ? Comment assurer une traçabilité des usages qui sont faits ? La technologie de la blockchain peut ici apporter une réponse en permettant de labelliser les données, et en jouant le rôle de tiers de confiance.

Le modèle de gouvernance de la donnée des territoires reste à inventer. Certains territoires y travaillent en parallèle des mises en oeuvre concrètes de plateformes. D’autres observent ce qui se fait. Certains proposent de calquer la smart city sur le modèle de gestion des données de santé. Des organismes comme l’AFNOR ou la Banque des Territoires sont à l’affût des initiatives locales et les soutiennent. Mais aucune démarche n’est encore engagée à grande échelle pour définir un modèle de gouvernance applicable aux territoires, et définir les normes d’interopérabilité qui permettront aux systèmes smart city de communiquer entre eux. Sur ces sujets il n’est pas impossible que des territoires précurseurs et apprenants au fil de l’eau, montrent la voie à suivre et servent d’exemple aux autres.

Articles associés

data

Le Data Steward, un Sisyphe des temps modernes ?

Christophe Leroquais
Date icon 29 mai 2019

Cet article aborde le thème de la déduplication des données référentielles.