Transition énergétique : nos paris pour 2018

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Le marché des énergies renouvelables en France est en plein essor bien que le paysage concurrentiel de ce secteur semble incertain.

A l’aube de 2018, l’équipe de Capgemini Energy & Utilities se penche sur les événements les plus marquants de 2017 et détaille nos prévisions pour 2018, en particulier sur le marché français. Ceux-ci sont basés à la fois sur l’actualité mais aussi sur les missions en cours des équipes de conseil. Seront pris en compte la chute des coûts des énergies renouvelables, les véhicules électriques, le stockage des batteries, de nouveaux défis pour les services publics et comment le digital accélère la transition énergétique.

Le marché des renouvelables confirme sa bonne santé en Europe, notamment en France.  Les installations éoliennes et solaires devraient augmenter jusqu’à 23 GW en 2017 par rapport à 2016 selon WindEurope et SolarPower Europe. L’attractivité du marché français s’améliore significativement en raison de l’augmentation du volume des appels d’offres et de la stabilité du cadre réglementaire. Le gouvernement a promulgué deux décrets fixant la rémunération des nouveaux parcs éoliens l’année dernière. [1] En décembre 2017, le ministère français de la Transition énergétique a augmenté le volume des appels d’offres PV de 1,45 GW à 2,45 GW attribués par an. Le gaz renouvelable sera également d’actualité, comme en témoigne l’engagement d’Engie à produire 100% de gaz vert d’ici 2050.

Les projets renouvelables financés sans subvention vont se multiplier. Les coûts de production des énergies renouvelables continuent de diminuer grâce à la baisse des coûts d’équipement, à l’amélioration de performance et à la pression exercée par les appels d’offres sur les prix. Pourtant, combien de projets ne se réaliseront pas ? La réduction des coûts s’observe partout à mesure que l’industrie gagne en expérience et standardise les process. En décembre 2017, le gouvernement néerlandais a attribué les premiers contrats sans subvention d’éoliennes offshore des sites I et II Hollandse Kust. Les contrats sont attendus pour le premier trimestre 2018. Ces projets dépendront de l’évolution des prix de gros de l’électricité et des prix contractuels. Si les prix de gros de l’électricité chutent plus vite que prévu pouvons-nous craindre la non-réalisation des projets ?

Le nombre de développeurs EnR diminuera à mesure que le marché des énergies renouvelables se consolidera et que les acteurs traditionnels de l’énergie montent en puissance. Bien que le marché français de l’énergie solaire photovoltaïque soit encore très fragmenté, les acquisitions de Quadran par Direct Energie et d’Eren par Total marquent une forte hausse de l’activité M & A. De même, EDF a lancé un plan axé sur l’énergie solaire et a pour ambition de déployer une capacité solaire photovoltaïque de 30 GW entre 2020 et 2035 en France. [2] Compte tenu de l’ambition du gouvernement français de produire 2,5 GW par an, EDF pourrait contribuer à 2 GW de la cible. Qu’est-ce que cela signifie pour la concurrence, pour les petits développeurs solaires, et pour les projets énergétiques participatifs et locaux ?

Les véhicules électriques seront un sujet phare, mais au-delà des annonces, verrons-nous un déploiement massif de bornes de recharge de véhicules électriques en Europe ? Les constructeurs automobiles et les services publics ont fait plusieurs annonces au sujet des véhicules électriques : Renault a lancé une nouvelle filiale dédiée aux services énergétiques, V2G et aux batteries rechargeables ; Shell a acquis le réseau de recharge VE NewMotion (30 000 points de recharge); et Enel a acquis eMotorsWerks pour les services d’équilibrage de réseau ou V2G. Néanmoins, le nombre de VE vendus en 2016 représentait 1,5% du total des ventes européennes (13,5 millions). [3]

Le marché de l’efficacité énergétique ainsi que le marché d’effacement diffus continueront à croître lentement en l’absence d’un soutien réglementaire plus ambitieux. Les géants de l’énergie investissent régulièrement dans le secteur, comme en témoigne l’acquisition de Greenflex par Total, car la maîtrise des services énergétiques est définitivement la clé de l’avenir. Cependant, il y a un manque de grands projets de développement de « l’efficacité énergétique » en Europe. De nouveaux outils digitaux intelligents sont développés principalement pour fournir un meilleur confort et un meilleur contrôle des appareils aux clients. Le modèle ESCO et les contrats de performance énergétique restent complexes, tandis que la promotion de tarifs dynamiques et l’activation de l’effacement diffus ne semblent plus être la priorité des gouvernements. Reviendrons-nous sur de telles problématiques quand le digital aura tout rendu plus facile et bon marché ?

Nous ne croyons pas au déploiement à grande échelle des batteries dans le réseau électrique français. Alors que les batteries semblent percer dans un certain nombre de pays (Royaume-Uni, Allemagne, Italie), le faible retour sur investissement et la structure du réseau n’encouragent pas vraiment le déploiement de batteries en France. Par ailleurs, le déploiement des batteries pour l’autoconsommation individuelle ou visant à réduire la charge attribuée au réseau poserait la question de l’évolution du rôle du gestionnaire de réseau de distribution dans un système plus décentralisé et où les tarifs s’égaliseraient – ce sont toutes deux des questions épineuses pour les autorités publiques.

Le marché français des fournisseurs énergétiques est proche de la saturation. Il compte 55 fournisseurs d’électricité officiels [4] tels que des sociétés de services publics historiques, des acteurs internationaux, de petits fournisseurs locaux et des acteurs de la grande distribution (Casino). Dans le même temps, EDF aurait perdu plus d’un million de clients en 2017. [5] La viabilité de ces nouveaux acteurs dépendra fortement de l’évolution des prix de gros de l’électricité en France ; des faillites et des sorties de marché sont à attendre.

Les habitudes de consommation évoluent et les plateformes digitales de gestion d’énergie deviennent incontournables. Le consommateur professionnel ou résidentiel souhaite contrôler davantage sa consommation. Le développement de l’autoconsommation, des PPA d’entreprise et de nouvelles offres solaires virtuelles (voir la nouvelle offre de E.ON sur le compte bancaire solaire virtuel) démontrent que l’énergie n’est plus une simple affaire de produit de base pour les consommateurs. Les acteurs de l’énergie doivent mettre en œuvre des plates-formes digitales de gestion de l’énergie améliorées qui permettent le contrôle des actifs par l’IoT, l’analyse des données et une meilleure connaissance client afin d’aller au-delà des attentes des clients et de développer des nouvelles sources de revenus.

 

Nous aimerions entendre ce que vous pensez de nos réflexions et de nos paris, surtout si vous n’êtes pas d’accord. En attendant, nous souhaitons à tous une bonne année 2018 et nous nous réjouissons de travailler avec vous cette année.

 

Contributeur : Alain Chardon

References:

[1] Le 13 Décembre 2016 et le 6 Mai 2017, La structuration des financements de projets éoliens dans le contexte des nouveaux mécanismes de soutien en France 

[2]  Le groupe EDF se mobilise et lance le Plan Solaire pour développer 30 GW d’énergie solaire en France d’ici à 2035

[3] See WEMO – Chapter 2

[4] Liste des fournisseurs d’électricité

[5] Plus d’un million de clients ont quitté EDF en un an

 

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